Le réalisateur franco-algérien Rachid Bouchareb a annoncé, lors d’une conférence de presse organisée au lendemain de la projection de son dernier film «Le Flic de Belleville» au 9e Festival international du cinéma d’Alger (Fica), que ce dernier sera prochainement projeté dans les salles algériennes à l’occasion d’une tournée nationale prévue en février prochain.

Lors de sa conférence de presse, abritée, vendredi, à la salle Frantz-Fanon de Riadh El Feth, le réalisateur Rachid Bouchareb a d’emblée souligné qu’il a été agréablement surpris par l’accueil que le public algérien a réservé à son film. Il a déclaré que «cela m’a agréablement surpris quand j’ai constaté que le public a beaucoup ri lors de la projection de mon film. J’ai fait part de cela à Ahmed Bedjaoui, lui disant aussi que je ferai mon possible pour que ce film soit vu pas tous les Algériens », annonçant dans ce sillage qu’une tournée de son long métrage sera programmée dans le réseau des salles de cinéma algériennes dès le mois de février prochain.
Le réalisateur a également fait part d’un deuxième numéro pour «le Flic de Belleville » d’ici trois à quatre ans. «Nous allons réaliser un numéro deux du flic de Belleville avec les mêmes acteurs, bien sûr, mais pas tout de suite. L’intérêt pour le projeter s’est confirmé par la réaction du public. Nous allons aussi impliquer davantage Biyouna dans le second volet de ce film», ajoutera-t-il.
Dans le même contexte, le réalisateur a relevé que son film a été bien accueilli aussi par le public français, belge ou encore suisse. « Le film a beaucoup plu lors de ces différentes projections, le public à beaucoup ri mais j’ai l’impression qu’en Algérie, c’est encore mieux».
Par ailleurs, Rachid Bouchareb a précisé que ce film est un défi, car, selon lui, «c’est la première comédie policière d’action que je réalise. Les acteurs comme Biyouna et Omar Sy m’ont rassuré pour être à la hauteur de ce défi. Le fait de connaître les gens cela m’a apaisé. Je me suis lancé dans ce projet avec des acteurs brillants qui étaient à la hauteur». Et de poursuivre : «Il a fallu à un moment donné se mettre au travail ensemble et trouver un temps pour le faire. Pour intensifier le rythme du film, j’ai laissé les deux vedettes principales improviser dans leurs dialogues. C’est ce qui a rajouté plus d’intensité à la dimension comique de ce film.»

« C’est aussi un film sur le racisme et sur les luttes des classes »
A propos du fléau de la drogue qui ravage le continent africain, abordé dans « Le Flic de Belleville », Rachid Bouchareb met en exergue la réalité amère qu’aujourd’hui, l’Afrique est un réseau important dans le trafic mondial de la drogue. Ainsi, les cartels d’Amérique du Sud visent, désormais, en Afrique, une nouvelle clientèle et une nouvelle route pour distribuer la drogue jusqu’à l’Europe. «J’ai beaucoup travaillé là-dessus, j’ai même enquêté sur cela, car je ne voulais pas faire un film qui ne repose pas sur des réalités. C’est pour cela que j’ai introduit le problème de la drogue et l’Afrique, ou encore, la jeunesse qui est touchée par ce fléau et qui le sera de plus en plus dans le futur », affirme le réalisateur. Il a aussi déclaré qu’il « y a quelque chose de social et de politique dans ce film. C’est aussi un film sur le racisme et sur les luttes des classes. C’est pour cela que je considère qu’il est très engagé».
Par ailleurs, à propos de l’esthétique de son nouveau long métrage, l’intervenant confiera que «le cinéma des années quatre-vingt m’a énormément inspiré, notamment la saga américaine ‘’Arme Fatale’’. C’est tous ces films qui intègrent un partenaire afro-américain dans ses tandems ou encore l’action et la comédie, qui font que je suis un très bon client et un grand fan de ce genre de cinéma». Il précise, également, qu’il a écrit son film en se basant sur les codes des comédies policières des années quatre-vingt pour rendre hommage à tous ces films qui ont marqué cette époque. «Et puis cela m’a offert la possibilité de m’amuser avec les acteurs et une occasion d’essayer au moins une fois dans ma filmographie et dans ma carrière d’avoir une expérience dans la comédie policière», avouera le réalisateur.
Abordant les conditions et le déroulement de tournage de sa comédie policière, il explique que le tournage a duré quatre mois entre la France, Miami et la Colombie, sans aucune difficulté ou restriction pour réaliser ce projet. Sur le fait d’avoir choisi de tourner la partie africaine en Colombie, Rachid Bouchareb précise que «l’Afrique était trop loin pour pouvoir travailler et préparer les deux lieux en même temps. Je suis allé faire des repérages en Afrique du Sud et la Colombie était à trois heures d’avion, juste en face de Miami». «Pour nous, c’était beaucoup plus facile de pouvoir préparer les deux endroits que de perdre 40 heures à faire des allers retours. Je n’avais besoin que d’un désert et d’un avion pour cette partie», poursuivra-t-il.

Biyouna permet à l’Algérie d’être présente dans le film
Questionné lors de cette conférence de presse sur le choix des comédiens, Rachid Bouchareb répondra qu’«Omar Sy a grandi avec ce genre de film et les grands acteurs des body-movies des années 1980 et 1990, dont il est beaucoup imprégné. C’est pour cela que lui aussi était très impliqué dans ce film. » Il ajoutera qu’avec Biyouna, «à travers elle, j’ai permis au public algérien d’avoir une place dans cette histoire. Elle est le lien qui relie le film avec l’Algérie». Il explique aussi que «Le Flic de Belleville » reste pour lui un film sur l’émigration. Ainsi, il a aussi mis Biyouna pour exprimer cette envie d’aller autre part, de quitter le HLM de la ville, où elle habite, car cela ne lui convient pas. Quand elle part de ce quartier, c’est aussi une manière d’exprimer un voyage d’émigration. «Car dans tous les films que j’ai réalisés, il y a toujours cette idée d’aller quelque part», précise le réalisateur. Il ajoute, à propos de la mixité des nationalités dans son film, que «j’ai trouvé intéressant de mélanger les nationalités. C’est ce qu’on rencontre aujourd’hui dans le monde entier. Je pense que fermer les frontières des pays cela ne résoudra rien ».
A propos de la séquence impressionnante de la célébration du Nouvel an chinois, le réalisateur souligne que lorsqu’il préparait son long métrage, il a eu cette envie de filmer cette célébration. Un an avant le début du tournage, il est allé voir la communauté chinoise à Paris qui l’a très bien accueilli et aidé à faire le film. Lors des préparatifs de cette séquence, il découvre que la moitié des acrobates sous les dragons sont des Africains. Ces derniers sont nés et ont vécu aux côtés des Chinois. «Il y a des cultures qui s’interpénètrent. Tout cela m’a confirmé dans mon idée de départ, que Biyouna soit la mère d’Omar Sy. Cela me paraissait naturel de faire entrer les communautés ensemble», affirme-t-il.
A l’occasion de cette rencontre avec les médias algériens, organisée par le 9e Fica, Rachid Bouchareb a également déclaré que son prochain projet sera sur quelque chose de moins drôle et plus ancré dans l’histoire de l’Algérie. «Je voudrai faire un long métrage de fiction sur l’engagement des Européennes dans la guerre d’Algérie dans les années 1950. Je suis en train de travailler sur cette histoire. Pour l’instant, c’est ça mon futur projet que j’espère mener à bien», a-t-il souligné.