Relations bilatérales, renforcement de la sécurité, crise en Libye et les questions du Sahel ont été au centre de la rencontre entre le Premier ministre et son hôte du jour  le président du Conseil italien Giuseppe Conte. Lors d’une conférence de presse conjointe, hier à Alger, les deux responsables ont confirmé la qualité des relations entre l’Algérie et l’Italie, et ce, dans des domaines divers.

La Libye a été au centre des discussions notamment dans la perspective de la conférence que devrait organiser l’Italie à Palerme en Sicile le 12 et 13 novembre prochains. Alger et Rome semblent sur la même longueur d’onde sur cette question. Le Premier ministre Ahmed Ouyahia a, en préambule, rappelé la nature particulière des relations entre l’Algérie et l’Italie qui repose sur le traité d’amitié de coopération et de bon voisinage signée entre les deux pays en 2003. Il rappellera également l’existence de près d’une cinquantaine d’accords bilatéraux dans plusieurs domaines et activités.
Ouyahia dira que les discussions avec son hôte, invité du président de la République, se sont concentrés sur deux thématiques, la relation bilatérale et les questions stratégiques. « Nous avons enregistré avec satisfaction le niveau et la constance des relations, les deux parties son conscientes de vouloir saisir les occasions encore disponibles, soit dans l’association économique et la diversification de l’économie algérienne ou bien dans le domaine des hydrocarbures et dans d’autres secteurs », dira Ouyahia.
Le Premier ministre a insisté sur la nécessité de s’accorder sur le renforcement des relations entre Alger et Rome dans le domaine sécuritaire, et dans le domaine de la lutte contre les crimes divers en renforçant notamment les liens entre les ministères de l’Intérieur de deux pays.
Mais c’est la question libyenne qui, visiblement, a pris le gros de l’intérêt. « Le dossier libyen a eu la part du lion dans les discussions, comme vous le savez, nos amis Italiens se préparent à accueillir la conférence de Palerme sur la question, conférence à laquelle, évidemment, prendra part l’Algérie», dira Ouyahia. «Nous avons échangé nos avis et informations et nous nous sommes concertés pour travailler à la réussite de cette conférence pour aider nos frères libyens à trouver une issue pacifique à la crise dans les délais les plus brefs », dira le Premier ministre qui ajoutera que les questions de voisinages, du Sahel, de l’immigration clandestine ont également été des sujets de discussion entre les deux responsables.
Dialogue constructif
Le président du Conseil italien Giuseppe Conte a, de son côté, rappelé « l’excellence » des relations entre les deux pays «l’Algérie représente le premier partenaire commercial de l’Italie en Afrique et dans la région Mena, la collaboration économique commerciale est un aspect indéniable de cette coopération, je pense en particulier à certains secteurs absolument stratégiques comme l’énergie et les infrastructures, nos échanges se sont intensifiées dépassant les 8 milliards d’euros en 2017. Nous espérerons que ce chiffre dépassera les 10 milliards d’euros, avec la diversification de l’économie algérienne le tout dans le dialogue constructif et s’ouvrir de nouvelles perspectives », dira Giuseppe Conte. Ce dernier soulignera qu’avec «le Premier ministre nous avons parlé beaucoup de la Libye et la nécessaire consolidation institutionnelle de ce pays limitrophe, cela ne peut se faire qu’à travers un dialogue inclusif dans le respect des prérogatives qui sont propres au peuple libyen». Le président du Conseil italien dira que son pays a proposé la conférence de Palerme le 12 et 13 novembre, en invitant les principaux partenaires régionaux et internationaux. «L’Algérie, qui est pleinement impliquée dans ce processus, y sera présente, je suis ravi d’inviter l’Algérie pour qu’elle puisse assurer cette contribution et continuer de donner la direction dans le processus de stabilisation de la Libye », dira Giuseppe Conte qui insistera sur l’importance de la participation de l’Algérie à ce processus de règlement de la crise en Libye. D’autre part, le président du Conseil italien a déclaré que les discussions sur la question de l’immigration illégale que les deux pays connaissent bien ont été profitables et se dirigent vers davantage de gestion intégrée. « Nous devons travailler dans le partenariat et avec la collaboration des autorités algériennes pour le contrôle de l’immigration irrégulière », dira Giuseppe Conte ajoutant être « ravi » de la collaboration dans le secteur de la sécurité «qu’il faudrait poursuivre pour affronter efficacement les défis communs comme la lutte contre le terrorisme et la lutte contre le trafic des êtres humains ».
« Il y a moins
de 900 personnes
en situation illégale »
Lors de la bref phase de questions-réponses Ouyahia soulignera que la question de la migration illégale n’a pris que dix minutes des discussions sur trois heures d’échange tant les deux parties semblent en phase sur cette question. «Il y a en Italie plus de 40 000 ressortissants algériens qui vivent de façon légale et sans aucun problème, et il y a moins de 900 personnes considérés comme étant dans une situation illégale. Il y des procédures régulières entre les deux pays. Chaque irrégulier identifié comme algérien devrait être rapatrié. Mais ces cas sont très limités en nombre » dira Ouyahia.
« L’Algérie a signé des conventions datant de 25 ans, régissant le rapatriement d’Algériens catalogués +persona non grata+ dans d’autres pays. Ces conventions exigent que le cas de résidence illégale soit avéré et la nationalité algérienne établie», a poursuivi  M. Ouyahia précisant que dans ce cas de figure «l’Algérie se doit de récupérer ses enfants». Le Premier ministre a fait état dans ce cadre de rapatriements hebdomadaires de  5 à 10 personnes depuis plusieurs pays.
Par ailleurs, M. Ouyahia a réaffirmé la position de l’Algérie « qui refuse d’abriter des camps de rétention de migrants clandestins», soulignant « l’impératif de tarir les sources de la migration illégale ».