La «Conférence annuelle sur Miguel Cervantès», organisée par l’ambassade d’Espagne et l’Institut Cervantès d’Alger, en collaboration avec le ministère de la Culture, à la Bibliothèque nationale d’El Hamma, soit à quelques centaines de mètres seulement de la célèbre « Grotte Cervantès »

, où l’écrivain passa une partie des cinq années de sa captivité à Alger, aura été l’occasion de revenir au travers de trois interventions sur cet épisode particulier. Les communications portant sur son séjour, qui a débuté dès septembre 1575, et certainement l’un des plus marquants de son parcours, sera également l’occasion de revenir sur le contexte de la ville d’Alger au cours de la deuxième moitié du 16e siècle. Une ville où se côtoyait, précise-t-on, les différentes religions et origines, mais également les « catégories sociales », la ville abritant plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d’esclaves et de captifs. En effet, lors de la rencontre marquée par la participation d’universitaires et hispanistes algériens et étrangers, dont le professeur à l’université de Waseda et professeur émérite de l’université Sophia de Tokyo, le docteur Norio Shimizu, qui précisera notamment que Miguel Cervantès, écrivain mais aussi soldat ayant participé à la bataille de Lépante, avait eu une captivité relativement clémente de faire de son statut et de sa proximité et ses correspondances avec Don Juan d’Autriche et du Duc de Sessa. «Il avait eu un traitement très distinct des autres captifs.

Il serait possible de qualifier le régime qu’il a eu de semi-difficile», souligne l’expert japonais, en ajoutant que «néanmoins cette situation de captivité lui donnera une relative liberté de mouvement dans l’enceinte de la ville, ainsi que des contacts, avec les différentes couches de la société algéroise de l’époque ».
En ce sens, l’hispaniste Chafik Benafri, dans une intervention intitulée «Alger, à l’époque de Cervantès», reviendra longuement sur l’impact de cette mixité sur ses futurs écrits. «Cervantès, à son arrivée à Alger, a été marqué par le multiculturalisme de la ville qui accueillait en plus des Turcs et des Berbères, des chrétiens, des juifs, des renégats, des captifs chrétiens. Je pense que c’est cette vision qui forgera sa vision du monde, surtout qu’à la même époque, l’Espagne était sous la domination de l’inquisition ». Par ailleurs, la question de l’ampleur de la pratique de l’esclavage, qui continue de diviser les historiens, notamment, hier, où plusieurs chiffres contradictoires allant de quelques centaines à près de 25 000 ont été avancés par les participants – l’universitaire Chafik Benafri précisera que ce nombre d’esclaves décrits dans les documents officiels turcs de l’époque, comme des « captifs de l’Etat », pouvait être mis en parallèle avec l’évolution du rôle d’Alger pour l’empire ottoman, mais aussi des techniques utilisées par les marines militaires. Ainsi, l’utilisation des galères nécessitant l’utilisation de forçats, une pratique commune dans l’ensemble de la Méditerranée et qui, toutefois, connaîtra son déclin avec la généralisation de la marine à voile au 17e siècle.n