Rien ne va plus chez Condor Electronics. De la période faste qui lui permettait, il n’y a pas si longtemps, de renforcer continuellement ses effectifs en faisant des centaines d’heureux parmi les demandeurs d’emploi, l’entreprise appartenant au groupe Benhamadi se retrouve aujourd’hui en situation d’arrêt d’activités que lui impose un plan de licenciement, appelé à toucher près de 40% de ses salariés, soit près de 1 000 employés de différentes unités de l’entreprise située à Bordj Bou-Arréridj, à l’exemple du montage de téléphones mobiles et d’articles électroménagers.

Les salariés ne sont pas seuls à faire les frais de la situation de crise que traverse depuis quelques mois cette entreprise. La mise au chômage opérée par les responsables de Condor Electronics a, en outre, déjà touché les 2 400 employés détenteur d’un contrat à durée déterminée (CDD), fait savoir l’administration du complexe Condor de BBA. «Cette décision est imposée par les problèmes significatifs que rencontre l’entreprise, notamment en ce qui concerne l’approvisionnement en matière première et les retards de délivrance des licences d’importation», explique la même source, ajoutant que les employés à l’essai n’ont pas été non plus épargnés par le plan d’austérité, mis en place par la direction actuelle de l’entreprise. Ces derniers ont, eux aussi, été remerciés. De leur côté, les cadres supérieurs sont soumis à une révision à la baisse de leurs salaires allant de 10 à 40%.
La crise est donc bel et bien au sein de l’usine Condor Electronics, à l’est du pays, et les mesures prises par la direction ont fini par pousser des centaines de salariés à observer un sit-in devant la direction des ressources humaines dans la zone industrielle de BBA. Les représentants des protestataires ont fait part à l’APS de leur préoccupation à l’égard de cette mesure, affirmant qu’ils «veulent des explications quant à leur avenir».
«Des négociations avec les représentants des employés sur les mécanismes d’application de la mise en chômage technique conformément aux lois dictées par le code du travail ont été engagées», a indiqué, de son côté, un représentant de l’administration. Ce dernier a assuré que Condor Electronics «compte bien surmonter la situation actuelle dans les plus brefs délais». Nous apprenons également que les responsables de l’entreprise ont tenté à plusieurs reprises de rentrer en contact avec les autorités concernées sans toutefois y arriver. Avant le plan de licenciement mis en branle par Condor Electronics, cette entreprise comptait 6 500 employés dans ses effectifs, entre salariés et détenteurs de CDD. En fait, la filiale du groupe Benhamadi n’est pas seule à vivre des jours sombres. La quasi-totalité des entreprises activant dans les filières électroniques et de l’électroménager, dont les publiques Enie et Eniem, se trouvent depuis plusieurs mois dans la tourmente, suite à la décision prise par le gouvernement Bedoui d’introduire un système de quotas pour les importations de kits CKD-SKD pour l’assemblage d’appareils électroniques et électroménagers. Du coup les opérateurs concernés, près d’une quarantaine, se sont retrouvés face à la dure contrainte d’autorisation d’importation pour renouveler leurs stocks, sans pour autant y parvenir. Ceci d’autant qu’en plus du système de quotas visant à réduire de la facture payés pour les collections SKD-CKD, les pouvoirs publics ont décidé, par l’entremise de l’Abef, d’introduire un mode de paiement différé pour l’achat de ces collections, contre le paiement par cash alors en vigueur. Une mesure qui n’a pas été du goût des fournisseurs, poussant alors le Collectif des fabricants de produits électroniques et électroménagers à réagir pour attirer l’attention des autorités sur ses risques, à savoir la fermeture des unités d’assemblage et la mise au chômage de près de 40 000 employés. La situation est encore plus compliquée pour les fabricants de téléphonie, depuis que le même gouvernement Bedoui a décidé de les exclure du dispositif préférentiel d’importation de kits SKD/CKD et de soumettre leur activité au droit additionnel provisoire de sauvegarde (DAPS) fixé à 60%, à partir de 2020, en plus de la révision à la hausse des droits de douanes (30%).
La mesure prise, en novembre dernier, a été justifiée par le fait que le montage de Smartphones en Algérie «n’encourage pas l’intégration nationale, alors que la facture d’importation de ses composants est très importante». Les fabricants de téléphonie sont toutefois autorisés à renouer avec l’importation d’appareils finis dont les frais de DAPS et de douane seront, bien-sûr, répercutés sur les prix à la vente.