Après la déception de la communauté algérienne à l’étranger suite aux mesures sanitaires conditionnant l’entrée au pays, et en attendant de voir comment les autorités réagiront à leurs doléances, les spécialistes, eux, expliquent avec des arguments scientifiques le choix de ces mesures.

PAR INES DALI
L’ouverture partielle des frontières aériennes et les modalités qui les encadrent continuent de faire réagir les ressortissants algériens qui se demandent notamment à quoi sert-il de confiner pendant cinq jours une personne dont le test RT/PCR est négatif ou encore celle qui se serait faite vacciner dans le pays où elle réside et qui présentera, bien sûr, la preuve l’attestant, à savoir le certificat de vaccination.
«La vaccination n’exclut pas le confinement à l’arrivée en Algérie, tout comme elle n’exclut pas le test obligatoire fait au moins 36 heures avant le voyage», estime le professeur Mohamed Belhocine, président de la cellule opérationnelle chargée des investigations et du suivi des enquêtes épidémiologiques. Il explique, ensuite, pourquoi faut-il refaire le test RT/PCR à l’arrivée sur le sol algérien et pourquoi faut-il, ensuite, confiner le voyageur même dans le cas où le résultat du dépistage à la PCR se révèle négatif.
«Quand on fait un test RT/PCR, le résultat peut être négatif même si la personne a le virus de Covid-19», a-t-il d’abord indiqué, avant de poursuivre en donnant les explications sur ce qui peut sembler paradoxal. «Si la personne vient juste d’être contaminée et qu’elle fait une PCR par exemple deux heures plus tard, le résultat sera négatif», a-t-il souligné. En revanche, «quatre jours plus tard, le résultat peut être positif. Et ça peut être quatre jours, cinq jours ou même six jours», a ajouté le Pr Belhocine dans une déclaration à la radio nationale.
Pour une compréhension plus large de ses propos, il essaye de schématiser en précisant que c’est un peu le même principe que celui d’un «tamis». «La PCR est une première protection, un premier tamis mais avec de gosses mailles. Par la suite, le confinement nous permet de faire un deuxième tamisage mais avec des mailles plus fines. C’est le même principe. Le confinement permet donc de réduire au maximum les cas potentiels qui passeraient à travers les mailles du filet mis en place pour le contrôle aux frontières», selon les explications du Pr Belhocine.
Même point de vue du Dr Mohamed Yousfi, président de la Société algérienne d’infectiologie : «C’est ce que nous avons demandé nous les spécialistes, depuis plusieurs semaines, depuis plusieurs mois. C’est le protocole sanitaire que nous avons demandé à mettre en application comme cela se passe pour les voyageurs dans tous les pays du monde, en fonction de la situation épidémiologique», avait-il déclaré estimant que «c’est le minimum que devait faire l’Algérie». Les mesures estimées «dissuasives» par la diaspora sont également défendues par le Dr Lyès Merabet, qui a précisé que même lorsqu’une personne est vaccinée, elle peut être porteuse du virus, ce qui la rend donc contagieuse. Il faut savoir que la vaccination contre le coronavirus protège contre les formes graves de la maladie, mais on peut être porteur du virus et développer des formes mineures de la maladie avec des symptômes légers et, de ce fait, cela n’élimine pas la contamination. On aurait certes pu exiger la vaccination mais c’est plus pour la protection de ces personnes. Le plus important, c’est la PCR et la sérologie et cela a été fait», a déclaré le président du Syndicat national des praticiens de la santé publique, dans un entretien à Reporters. Quoi qu’il en soit, les modalités accompagnant l’ouverture partielle des frontières continuent d’alimenter le débat et beaucoup d’interrogations ne trouvent pas encore de réponses, comme la programmation exacte des vols.

Attente de mesures d’assouplissement
En effet, et alors que quelques jours seulement nous séparent du 1er juin, date à laquelle devront être effectués les premiers vols qui permettront aux Algériens de commencer à rentrer au pays après plus d’une année de fermeture des frontière, la diaspora est toujours dans l’attente. La compagnie nationale Air Algérie n’a toujours rien communiqué à propos des vols et des horaires, des prix des billets, des hôtels devant accueillir les voyageurs pour le confinement de cinq jours, ainsi que les frais devant être engagés pour ces opérations et pour les tests RT/PCR, car ils sont «à la charge du passager». Des frais qui, selon le communiqué du Premier ministère, faut-il le rappeler, doivent être honorés à l’avance, soit «avant l’embarquement» vers la destination Algérie. Il ne reste donc plus beaucoup de temps pour que les potentiels voyageurs puissent se programmer. Trois jours, c’est court pour bien préparer un voyage, à savoir réserver après avoir connu les prix des billets, effectuer entretemps son test RT/PCR (moins de 36 heures avant la date du voyage) à présenter à l’entrée, etc. Les ressortissants algériens à l’étranger ne perdent pas espoir de voir un assouplissement de certaines conditions d’entrée. Une autre grande question se pose pour les non-résidents à l’étrangers, à l’instar des personnes qui y sont restées coincées durant cette période de pandémie sans avoir pu être rapatriées ou encore les étudiants qui ne disposent pas des montants devant être payés à l’avance. Un geste est attendu de la part des autorités envers ces deux catégories notamment et, pour nombre d’observateurs, il se peut que des mesures exceptionnelles puissent être prises par les pouvoirs publics afin de venir en aide aux cas particuliers.
Certains des ressortissants algériens à l’étranger ne désespèrent pas de voir leurs requêtes satisfaites pour, entre autres, la révision de la validité du test de 36 heures à 72 heures avant le voyage, le plafonnement des prix du billet, etc. En tout état de cause, l’espoir est permis du moment que rien n’a encore été communiqué sur certains points par Air Algérie, ce qui fait dire à nos ressortissant que «peut-être certains détails sont-ils en train d’être révisés ?». Wait and see…