Depuis l’annonce, le 24 mai, des destinations retenues par le gouvernement pour la réouverture partielle des frontières, chaque jour qui passe fait monter d’un cran supplémentaire la détresse qui s’est emparée de la communauté algérienne à l’étranger face à des conditions de voyage jugées techniquement et financièrement «insoutenables».

Par Feriel Nourine
L’euphorie provoquée par l’annonce officielle de la réouverture partielle des frontières, lors du Conseil des ministres du 16 mai courant, aura finalement été de très courte durée. Le temps que les concernés prennent connaissance des conditions d’embarquement pour l’Algérie, l’ambiance de soulagement et de fête a vite viré à la déception, puis carrément à la colère. Laquelle ne cesse de s’exprimer tous azimuts ces derniers jours. Hier, à trois jours de la date retenue pour la reprise des vols d’Air Algérie de et vers Paris, Marseille, Istanbul, Barcelone et Tunis, cette colère a poussé des dizaines de ressortissants algériens à se rassembler devant les sièges de l’ambassade d’Algérie à Paris et des consulats d’Algérie à Marseille, Lyon et Lille pour protester contre les conditions fixées par les pouvoirs publics concernant leur rentrée en Algérie. Dans la capitale française, désarroi et courroux se laissaient s’exprimer en slogans scandés pour la circonstance ou transcrits sur les pancartes brandies par les contestataires venus exiger la réouverture des frontières sans condition. «Les voyageurs algériens sont les fils de l’Algérie», «Pas de conditions, non à la provocation, c’est mon droit de rentrer au pays», ont-ils écrit dans un message adressé aux responsables du pays via la représentation diplomatique algérienne dans l’Hexagone. Même tension, et même sentiment de courroux exprimés par les Algériens qui se sont rassemblés devant les consulats d’Algérie à Marseille, Lyon et Lille. A Lyon, le Consul aurait demandé aux contestataires un délai de trois jours pour transmettre leur message aux autorités du pays. De là où ils ont tenu leur sit-in, les contestataires ont dénoncé le coût du voyage vers le pays, lequel est jugé excessivement cher à travers le prix du billet, les frais d’hébergement dans un hôtel pour la durée du confinement ainsi que ceux qu’il faudra également débourser pour les tests PCR avant et après ce confinement. Pour se faire entendre, ils ont choisi d’investir la place publique dans l’espoir de mieux faire entendre leur colère exprimée depuis une semaine à travers d’autres voies de communication, notamment les réseaux sociaux qui ont servi à la diaspora algérienne pour dire sa déroute face aux conditions exigées par l’Etat en contrepartie d’un OK pour les vols commerciaux d’Air Algérie. En effet, pour embarquer vers l’Algérie, le voyageur doit être soumis à un protocole sanitaire strict. Dans le détail, il doit être détenteur du résultat négatif d’un test RT-PCR datant de moins de 36 heures avant la date du voyage, disposer d’un billet valide et de la fiche sanitaire dûment renseignée, s’acquitter préalablement des frais inhérents au confinement sanitaire obligatoire auquel doit se soumettre chaque passager à l’arrivée sur le territoire national ainsi que les frais du test de dépistage de la Covid-19, prévus par les autorités sanitaires.
«Les frais de séjour dans les sites d’hébergement sont à la charge exclusive du passager. Ces conditions doivent être impérativement réunies avant l’embarquement», insiste-t-on dans le dernier communiqué de presse publié par le Premier ministère. Une fois arrivé à Alger, le voyageur doit avoir un test RT-PCR de moins de 36 heures, se soumettre à un confinement sanitaire obligatoire d’une période de cinq jours au niveau d’un des établissements hôteliers prévus à cet effet, avec un contrôle médical permanent, puis effectuer un test de dépistage de la Covid-19 à la fin du confinement. «La levée du confinement se fera au cinquième jour à la suite d’un test de dépistage de la Covid-19 négatif. En cas de résultat positif, le confinement est reconduit pour une période supplémentaire de cinq jours», ajoute la même source, précisant que pour les conditions de confinement, «une liste des établissements hôteliers, offrant toutes les conditions requises pour le confinement des passagers, est arrêtée conjointement entre les secteurs de l’Intérieur, du Tourisme et de la Santé».
Des informations font état, depuis la fin de la semaine dernière, d’un pack regroupant l’ensemble de ces prestations qu’Air Algérie serait en train de peaufiner au profit de ses clients. Cependant, aucune confirmation n’est venue de la compagnie nationale à propos de ce pack, notamment son coût. Entre-temps, les spéculations et les contradictions vont bon train sur les colonnes de certains sites d’informations sortis du néant et qui avancent telle ou telle information sur le coût du fameux pack pour le démentir une heure après. Ce qui n’est pas, bien sûr, sans ajouter à la confusion entourant une réouverture de frontières qui a tout d’une opération fermée sur l’information détaillée et utile. A l’exemple, en premier lieu, du plan de vol dégagé par Air Algérie. Hier, en fin d’après-midi, toujours aucune information n’avait filtré à ce sujet, alors que le 1er juin c’est pour après-demain.