La condamnation, lundi, du journaliste Khaled Drareni à 3 ans de prison ferme par le Parquet de Sidi M’hamed continue de susciter l’indignation de ses confrères et la solidarité de la classe politique et des citoyens.
Indigné par la sentence du Tribunal, le Syndicat national des journalistes (SNJ) parle, dans un communiqué rendu public quelques heures après le verdict, d’un «espoir qui a viré au cauchemar» qui condamne le confrère à trois longues années d’incarcération.
«Un espoir que justifiait de précédents verdicts prononcés à l’encontre de Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche, poursuivis dans la même affaire que Drareni pour, officiellement, «atteinte à l’unité nationale» et «incitation à attroupement non armé», relève le SNJ qui observe que «les deux premiers cités avaient ainsi bénéficié, avant même le procès de ce lundi, d’une remise en liberté provisoire et condamnés, désormais, à 2 ans de prison, dont 4 mois fermes et déjà purgés».
D’où le sentiment d’étonnement et d’incompréhension qu’exprime l’organisation syndicale quant aux fondements, sinon aux non-dits, d’un tel verdict qui a surpris l’ensemble des Algériens. «Pourquoi notre confrère a été différemment traité dans cette affaire en se voyant, lui, infliger une peine d’emprisonnement ferme, et particulièrement lourde ? Parce qu’il s’agit d’un journaliste ?», s’interroge le SNJ.
Mais pour le SNJ, «les faits sont là, en tout cas, têtus, et qui confortent cette effrayante hypothèse», estimant qu’à travers cette affaire, «le pouvoir vient d’inverser lui-même les éléments de sa propre thèse consistant à plaider pour un traitement équitable, et une application indistinctement de toute autre considération, de la loi sur tous».
Le syndicat explique qu’en «extraire exceptionnellement un citoyen, parce que, en l’espèce, il s’agit d’un journaliste, est un précédent grave, condamnable et qui n’augure rien de bon quant aux intentions réelles du pouvoir par rapport à la liberté d’expression et de la presse en particulier».
Pour le SNJ, «l’Algérie, pionnière en matière de la libre expression et de la presse dans la région depuis trois décennies, ne peut se permettre de renoncer à ces acquis si chèrement arrachés par des générations de journalistes et de militants, au prix d’énormes sacrifices et des années de lutte contre l’arbitraire, l’obscurantisme, l’autoritarisme et le terrorisme». Le SNJ conclut son communiqué en réclamant « la mise en liberté de notre confrère Khaled Drareni».
Chez les formations politiques et après la condamnation exprimée par le RCD, le FFS a pointé une «entreprise graduelle et savamment orchestrée qui s’applique à reproduire les pratiques despotiques dénoncées et combattues par la révolution populaire du 22 février». Estimant que cela «ne fera qu’exacerber la crise multiforme dans le pays», le FFS dénonce « avec une extrême virulence ces verdicts irresponsables» et conteste «la criminalisation de l’acte politique et le musellement des voix libres et autonomes». De son côté, le Parti des travailleurs (PT) a souligné que la condamnation de Drareni «équivaut à la condamnation de la presse de toute opinion libre», affirmant qu’il «joint sa parole à l’exigence démocratique de libération de Khaled Drareni et de tous les détenus politiques et d’opinion». Le PT a indiqué qu’il «partage l’indignation, l’émoi et la consternation qui ont frappé la corporation des journalistes et au-delà, les Algériens attachés à la démocratie, suite à l’incompréhensible condamnation arbitraire à trois ans de prison ferme prononcée, àl’encontre du journaliste Khaled Drareni», soulignant qu’il «ne peut y avoir de démocratie sans pluralisme politique et sans liberté de presse».

Le recours à un jugement en appel déposé hier
Le recours à un jugement en appel dans l’affaire de Khaled Drareni a été déposé hier, avons-nous appris auprès du collectif de défense. Ce recours fait suite à la condamnation «inique» du journaliste à 3 ans de prison ferme, selon un avocat membre du collectif qui souligne que la Cour d’Alger peut programmer le jugement en appel dans un délai ne dépassant pas les 45 jours après l’annonce du verdict.