Un nouveau rassemblement de soutien au journaliste Khaled Drareni pour exiger sa libération a été organisé, hier, à la maison de la presse Tahar-Djaout, le cinquième du genre depuis son arrestation, mais le premier depuis sa condamnation, mardi dernier, à deux ans de prison ferme dans un procès en appel au verdict décrié par les professionnels des médias et par les avocats qui ont annoncé l’introduction d’un pourvoi en cassation.
Comme lors des précédents rassemblements, c’est l’innocence du journaliste qui a été mise en avant par ses confrères. «Khaled Drareni est un journaliste libre», «Khaled Drareni n’est pas un khabardji», «libérez Drareni», sont les mots d’ordre entonnés à l’occasion de cette nouvelle mobilisation.
L’accent a été, cependant, mis sur le verdict de la Cour d’Alger par les manifestants qui ont pointé plus que jamais ce qu’ils qualifient de «jugement inique» et de «juridiquement infondé». Pour les journalistes et les avocats présents à cette nouvelle action de solidarité avec le journaliste, il ne fait point de doute qu’il s’agit d’un «acharnement» de la juridiction contre le journaliste, sinon «comment expliquer que les autres accusés, poursuivis pour les mêmes chefs d’inculpation, ont eu une peine moins lourde», se demandent-ils, évoquant le verdict prononcé contre Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche, condamnés à 1 an dont 4 mois fermes et 8 mois de sursis ?
La différence réside dans le fait que le dossier de Benlarbi et Hamitouche a été requalifié pour faire tomber l’accusation «d’atteinte à l’unité nationale» tout en gardant celle énonçant «l’incitation à un rassemblement non armé», alors que les deux chefs d’inculpation ont été maintenus contre le journaliste.
«Je suis choqué, car au regard des faits qui sont reprochés à Khaled Drareni, il apparaît qu’il n’a fait qu’exercer son métier de journaliste. Et à ma connaissance, le fait d’exercer le métier de journaliste et le fait d’exercer ses droits constitutionnels n’a jamais constitué un crime», a souligné l’avocat Noureddine Benissad à l’annonce du verdict, tout en regrettant «une fois de plus, la mauvaise image de l’Algérie en matière d’atteinte aux libertés».
Il faut noter que le président Tebboune a été interrogé à ce sujet, lors de son entrevue avec deux représentants de médias privés, retransmise dimanche sur les médias publics. «On ne pouvait trancher l’inexistence de la liberté d’expression dans un pays en raison d’une personne impliquée dans une affaire n’ayant aucune relation avec la presse», a-t-il répondu, en ajoutant qu’il «n’existe aucun document prouvant la relation de Drareni avec la chaîne de télévision avec laquelle il prétend travailler». «J’ai déjà eu à le déclarer, et le ministre de la Communication également, qu’il ne s’agit pas là d’une affaire de délit de presse», a-t-il soutenu, avant de s’enorgueillir du nombre de titres que compte l’Algérie. «En plus de 180 journaux, nous comptons 8 500 journalistes. Ces journaux sont imprimés avec du papier subventionné par l’Etat. Ils sont imprimés par des imprimeries de l’Etat que beaucoup ne payent pas, ils ont de la publicité de l’Etat, et souvent, ils critiquent. Pour autant, jamais nous n’avons pris de mesures coercitives contre eux, ne serait-ce que commerciales …», a-t-il dit.