Poursuivi pour «intelligence avec une puissance étrangère de nature à nuire à la situation militaire ou diplomatique de l’Algérie et à ses intérêts économiques essentiels», le jeune blogueur Merzoug Touati vient d’écoper d’une peine de dix ans de prison ferme assortie d’une amende de 50 000 DA et d’une déchéance de ses droits civiques pour une durée de 5 ans.

C’est vers les coups de 17h30 que le verdict est tombé, jeudi 24 mai dernier, tel un couperet dans une salle archicomble, sonnant ainsi la fin d’un procès qui aura duré plus de quatre heures. Prévu à 9h00, ce procès a été finalement retardé de quatre heures en raison, dit-on, de l’absence des membres du jury populaire qui n’auraient pas été convoqués à temps. Appelés en catastrophe, ces derniers ont fini par se présenter à la salle d’audience, ce qui a permis à ce procès de s’ouvrir vers 13h00.
La mère du prévenu, présente dans la salle, n’a pu résister à l’onde de choc qu’a provoquée la sentence prononcée par le président du tribunal criminel de Béjaïa qui siège pour sa deuxième session de l’année en cours. Elle quitte difficilement la salle d’audience en poussant des gémissements entrecoupés de larmes et de sanglots.
«C’est une peine très lourde, étant donné qu’il n’y a aucune preuve matérielle dans le dossier. En tout cas, on va interjeter appel, conformément à la loi. Comme ça, l’affaire sera rejugée par la cour criminelle de Béjaïa dans un délai de trois mois», a déclaré aux journalistes présents, Me Salah Debbouz, l’un des avocats de la défense, à sa sortie de la salle d’audience.
Pour son confrère Me Boubakeur Esseddik Hamaïli, Merzoug Touati est un blogueur qui n’a fait qu’exercer ses droits garantis par la Constitution. «Il est libre de parler avec qui il veut et de dire ce qu’il veut. Il n’a jamais occupé de poste à responsabilités lui donnant accès à des informations qu’il aurait pu communiquer à une puissance étrangère. Sachant qu’il n’a obtenu que des emplois précaires depuis qu’il est diplômé de l’université», a-t-il soutenu.
De son côté, le vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH), Saïd Salhi, qui a tenu à assister à l’audience, a dénoncé «un procès à sens unique, voire à charge uniquement», estimant qu’«il n’y a pas eu de témoins à décharge». Pour l’orateur, bien que le déroulement du procès soit équitable, dans la mesure où le juge a donné assez de temps à toutes les parties pour s’exprimer, il n’en demeure pas moins que la peine prononcée à l’issue du procès est très lourde».
Il est à noter que le mis en cause a rejeté les charges retenues contre lui, notamment celle l’accusant d’avoir fourni des informations à une puissance étrangère. «Je n’ai pas reçu de l’argent de ce Ariel Tebboune, juif tlemcénien, pour soi-disant financer une Fitna entre les Kabyles et les Arabes.», se défend à la barre le jeune Merzoug Touati.
Lors de son réquisitoire, le représentant du ministère public a requis une prison à perpétuité contre le blogueur.
Pour rappel, le jeune blogueur est détenu dans la prison d’Oued Ghir, près de Béjaïa, depuis son arrestation par la police en janvier 2017. Ce dernier a été arrêté après avoir mis en ligne sur son blog Al-hogra, la vidéo d’un entretien qu’il avait réalisé avec le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères  pour le Monde arabe et ex-colonel de Tsahal.
L’entretien portait essentiellement sur l’éventuelle implication d’Israël dans les troubles qui ont secoué l’Algérie en janvier 2011, précise-t-on.