Grains Overseas, une alliance stratégique française regroupant InVivo (premier groupe coopératif agricole français), NatUp (société coopérative agricole activant depuis 16 ans) et Axéréal (la première coopérative céréalière française, collectant 5 millions de tonnes de grains auprès de ses 13 000), se veut grande et diversifiée, pour faire face à la concurrence sur des marchés de niche très rentables en matière céréalières, comme c’est le cas du marché nord-africain (Algérie, Maroc et Egypte). Elle se veut en fait une réponse à l’influence croissante de la Russie dans cette partie du continent et, dans une moindre mesure, à celle de l’Ukraine.
Elle devrait permettre aux sociétés françaises de se repositionner pour mieux affronter la concurrence, avec une meilleure compétitivité sur les prix, et de réaliser des gains d’efficacité à l’export. Se confiant à Reuters, des analystes indiquent que le réveil est un peu tardif pour la filière française. Et, que les sociétés françaises demeurent craintives à l’idée d’ouverture du marché algérien aux Russes.
Si la France, disent-ils, conserve une avance en Algérie sur la Russie, en raison des restrictions sur les grains punaisés, certains estiment que cela pourrait être de courte durée avec les contraintes budgétaires du pays, allusion faite au fait que l’Algérie ait imposé des restrictions sur l’importation des céréales et qu’elle n’importe que ce dont a besoin son marché.
«Le jour où l’Algérie ouvrira son marché à la Russie, le blé français sera condamné. Les coopératives françaises peuvent consolider ce qu’elles veulent, cela ne changera rien si le blé français n’est pas capable de faire le poids, en termes de qualité et de prix avec la céréale provenant de la mer Noire », souligne un négociant cité par Reuters. Pour d’autres, le prix du blé français se situant actuellement entre 170 et 180 euros la tonne pourrait chuter de 10 euros si l’Algérie changeait les conditions de ses appels d’offres.  « Etant donné que nous sommes dans une position fragile aujourd’hui, deux à trois années supplémentaires sans la concurrence des pays de la mer Noire, pourraient aider. Je ne sais pas si nous allons gérer la situation », explique Thierry Blandinières, directeur exécutif d’InVivo. Quant à Stéphane Bernhard, ancien directeur d’InVivo Trading, il avait souligné la nécessité pour la filière de disposer d’une stratégie à part entière pour les expéditions françaises hors UE. « Les coopératives doivent aussi aborder les exportations vers les pays tiers comme un enjeu stratégique et réfléchir aux meilleurs moyens pour répondre à la stratégie volontariste de la Russie », affirmait-il. Autres signes de mauvais présage apparaît dans le ciel nord-africain : Les parts de marché baissent significativement au Maroc et en Egypte. En résumé, les parts de marché détenues par la France ne sont pas réduites, en Algérie, pour le moment. Le pays a importé pas moins de 4,6 millions de tonnes de blé depuis les ports français à la fin avril dernier.
Un niveau record d’importation en hausse de 34% par rapport à la campagne 2017/2018 et représentant trois fois le niveau d’importation enregistré durant l’exercice 2016/2017.
Cette hausse des achats de blé tranche avec la décision de réduction des importations prise suite à l’augmentation des niveaux de la production nationale. L’Algérie a réalisé une récolte record de 3,9 millions de tonnes sur la campagne 2018/2019, soit une hausse de 61% de la production dont 3,15 millions de tonnes de blé dur.<