Les concessionnaires automobiles sont revenus à la charge, cette semaine, adressant au chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, une énième missive, dans laquelle ils se sont engagés à vendre des voitures à des prix avantageux, soit à partir de 99 millions de centimes, toutes taxes comprises, tandis que les véhicules utilitaires reviendront à un prix égal et/ou supérieur à 105 millions de centimes et les poids lourds à partir de 190 millions de centimes.

Par Hakim Ould Mohamed
Mieux, les concessionnaires signataires de la lettre ouverte envoyée au Président Tebboune déclarent que les prix proposés sont bien réfléchis prenant en considération le pouvoir d’achat des Algériens, allant jusqu’à proposer une garantie de 5 ans et promettre que leur offre entraînera une chute des prix actuels des voitures d’occasion. Les concessionnaires estiment également que le retour de l’activité d’importation et de vente de véhicules neufs permettra la création de dizaines de milliers d’emplois et générera d’énormes profits pour le trésor public en raison des taxes imposées à l’import, lesquelles représentent 50% du prix du véhicule. L’alliance des concessionnaires automobiles ont expliqué dans leur lettre adressée au président de la République la situation du marché automobile, appelant à l’accélération de l’octroi des licences d’importation pour le redémarrage de l’activité. Ils ont souligné que l’intervention du président est nécessaire pour les sauver de la faillite à laquelle sont voués leurs projets suite au refus du comité technique ministériel de 20 demandes d’agrément pour l’importation des véhicules neufs, bien que certains d’entre eux aient rempli toutes les conditions comprises dans le cahier des charges. Cela fait cinq années que l’activité de concession automobile a été gelée par l’administration entrainant des pertes d’emploi en milliers et une fragilisation d’une filière, victime, certes, de comportements frauduleux ayant marqué les années précédentes, mais qui permettait aux Algériens d’acquérir des véhicules et au trésor public d’encaisser le produit des taxes appliquées à l’activité.

Un feuilleton à la turque
Pris en tenaille entre un blocage administratif des importations des véhicules et des impératifs de trésorerie, certains concessionnaires automobiles ont basculé vers une activité manufacturière, d’autres se sont engagés dans un projet industriel ou semi-industriel qui ont nécessité l’importation d’usines, lesquelles n’ont pas fonctionné en raison de la suspension de l’activité d’assemblage et faute de perspectives. Le soubassement juridique encadrant l’importation et l’assemblage de véhicules a depuis connu d’importants changements sans que les correctifs apportés à la loi soient suivis d’une quelconque autorisation d’activité. Depuis 2017, l’activité était empêtrée dans un gel historique qu’aucun ministre n’a pu débloquer, bien que des initiatives aient été entreprises. Ce n’est pas pour rien que les concessionnaires ont à nouveau exprimé leur crainte que l’octroi des concessions ne soit retardé en raison d’une énième modification du cahier des charges. Durant ces cinq années de gel et d’absence de perspectives, les rapports reliant les concessionnaires algériens aux constructeurs étrangers se sont détériorés, conduisant à des ruptures de contrats, en témoigne l’affaire Sovac et Hyundai, pour ne citer que ces derniers. Ces tensions entre concessionnaires et constructeurs se sont traduites par le gel des contrats de fourniture de pièces détachées automobiles d’origine, nécessaires pour le fonctionnement des ateliers de service après-vente. C’est la énième séquence d’un feuilleton qui aura défrayé la chronique. Officieusement, la suspension des importations des véhicules neufs était motivée par des impératifs économiques, à savoir la nécessité de rétablir l’équilibre de la balance des paiements et ralentir ainsi la fonte des réserves de change. Il serait question également d’éviter le remake des précédents scénarii, lorsque les concessions automobiles étaient négociées dans l’antichambre des cabinets ministériels. Cependant, maintenant que les comptes extérieurs semblent s’améliorer, l’Exécutif est sérieusement interpellé sur la nécessité de penser une formule de nature à éviter les comportements frauduleux qui ont marqué les années précédentes afin de permettre aux citoyens d’acquérir des véhicules neufs loin des réseaux de trafic et de la surenchère.