Le Premier ministre Abdelaziz Djerad accorde un délai d’une semaine aux ministres pour recueillir les propositions ou recommandations des organisations patronales et des syndicats en vue d’atténuer l’impact des effets du Coronavirus sur l’économie nationale et préserver l’outil de production et de réalisation.


Afin d’éviter un effondrement de l’économie nationale avec ses effets négatifs sur l’emploi et les revenus de la majorité des citoyens, liés à l’arrêt d’activités, de fermetures d’installations industrielles, de chantiers, de commerces, la mise en congé de millions d’employés, en raison du confinement et des mesures anti Covid-19, le Premier ministre Abdelaziz Djerad vient de décider de lancer des concertations sectorielles avec les organisations patronales et les syndicats en vue d’évaluer l’impact du Covid-19 sur les entreprises et l’économie nationale. Il s’agit également de recueillir les propositions ou recommandations des parties invitées aux concertations. Un délai d’une semaine est accordé aux ministres pour récolter les suggestions. « Les membres du gouvernement sont tenus d’organiser cette consultation dans les plus brefs délais. Les recommandations revêtent un caractère urgent et seront soumises aux hautes autorités avant le 23 avril en cours ». Telle est la substance de l’instruction du Premier ministre adressée aux membres de l’exécutif. Précisément, « dans une correspondance du Premier ministre, citée par l’APS, les membres du gouvernement sont instruits de procéder en application des orientations du Président de la République chacun dans son domaine d’activité à une consultation avec les organisations patronales et les syndicats des travailleurs activant dans le monde économique autour de la problématique de l’atténuation des effets induits par les mesures de prévention et de lutte contre le Coronavirus prises par l’Etat ». Alerté par des économistes, l’organisation patronale FCE et le think tank Care, sur les menaces qui pèsent sur l’économie nationale suite à cette pandémie, le gouvernement semble prendre conscience des conséquences de cette situation. « Les mesures prises par les pouvoirs publics pour la prévention et la lutte contre la pandémie impactent directement la vie économique et l’emploi, ce qui nécessite une solidarité nationale d’envergure pour le maintien de l’activité économique, la préservation de l’emploi et la prise par l’Etat de mesures de régulation nécessaires pour cette conjoncture », relève le Premier ministre. Abdelaziz Djerad veut construire, par cette consultation, un consensus national sur les mesures à prendre pour sauvegarder l’emploi, les entreprises et protéger le pouvoir d’achat de la population dans cette période marquée par la lutte anti-Covid-19 et faire redémarrer la machine économique, une fois cette pandémie éradiquée.
Les mesures fortes, bancaires, fiscales, de soutien aux entreprises s’avèrent insuffisantes
Le Premier ministre balise cette consultation. « En tenant compte des mesures, bancaire, fiscale, parafiscale, déjà mises en œuvre, l’effort commun devra s’orienter d’abord sur l’évaluation par secteur d’activité des impacts de la crise sanitaire sur la situation financière et l’emploi des entreprises », lit-on dans l’instruction. La concertation portera en outre sur le maintien de l’activité économique dans le strict respect des mesures de prévention ainsi que la prise de mesures pour la survie des entreprises impactées et la préservation de l’outil national de production et de réalisation. En troisième lieu, cette concertation portera « sur les modalités de mobilisation et de gestion de la sphère économique face à cette conjoncture économique exceptionnelle, afin de sauvegarder l’emploi et préparer la reprise de la croissance ».
Il convient de rappeler ici que des mesures de sauvegarde des entreprises ont été déjà prises : la Banque d’Algérie a instruit les banques commerciales de procéder au report du remboursement des dettes des entreprises, des professionnels (artisans et professions libérales) et des particuliers (crédits immobiliers, crédits consommation) et des charges liées au rééchelonnement de dette des entreprises jusqu’à septembre, de reconduire ou de renouveler les crédits d’exploitation pour permettre aux sociétés impactées par le Covid-19 de pouvoir fonctionner.
La Banque centrale a également allégé les règles prudentielles pour sauvegarder les banques commerciales et permettre la continuité de l’activité économique à travers la disponibilité chez ces banques de ressources financières ou de liquidités destinées à financer les entreprises et les autres clients : diminution du taux de réserve obligatoire ramené de 8% à 4%, du taux de liquidité bancaire : le ratio crédits/dépôts ramené de 100 à 80. Ces mesures ont été détaillées par l’Association des banques et établissements financiers (Abef). L’administration fiscale, elle, a décidé le report du paiement des impôts pour une période d’un mois.
Mais ces mesures fortes s’avèrent insuffisantes pour pouvoir se prémunir contre le risque d’effondrement de l’économie nationale. L’économiste Rachid Sekak préconise, rappelons-le, une aide financière aux chômeurs qui ont perdu leur emploi en raison de cette pandémie, le report du paiement des cotisations sociales par les entreprises, le paiement par l’Etat de ses arriérés envers les entreprises notamment du secteur du BPTH, et la garantie de l’Etat pour l’octroi de crédits d’exploitation aux entreprises. Le centre de réflexion Care propose une série de mesures de sauvegarde complémentaires inspirées des recommandations de l’OCDE et adaptées à l’Algérie, notamment un revenu minimum assuré par l’Etat pour les employés du secteur informel et du secteur privé formel touchés par la pandémie, d’un montant minimum de 10 000 dinars mensuellement financé, soit sur budget de l’Etat soit sur la solidarité des salariés touchant plus de 40 000 dinars mensuellement, soit à l’aide du financement non conventionnel et dont l’impact financier serait de 150 milliards de dinars, la baisse des intérêts bancaires, la généralisation de l’économie numérique, le M-paiement, le e-learning dans cette conjoncture. Selon plusieurs experts, l’Algérie a pris ces mesures fortes contre les effets du Covid-2019 en retard. Ce qui montre la nécessité de faire un benchmarking, de voir plus simplement ce qu’appliquent les autres pays et de les adapter à la situation de l’Algérie qui connaît particulièrement des difficultés financières.<