« Celui qui n’étudie pas l’histoire se condamne à la revivre ». Une phrase écrite par Karl Marx il y a plus de 170 ans et qui reste toujours d’actualité, même chez nous, plutôt surtout chez nous, avec tout ce qui se passe dans le pays depuis le 22 février dernier. Certes elle n y a pas été « mentionnée », mais le « son » de cette citation résonnait il y a quelques jours à Alger lors d’une conférence animée par l’historien, et directeur de la revue NAQD, Dahou Djerbal. C’était au siège du MDS (Mouvement démocratique et social), et elle était organisée par le CLPL (Cercle des lumières pour la pensée libre). La conférence était d’autant importante, et intéressante, qu’il s’agissait de la première intervention publique du prolifique historien depuis le début du mouvement populaire, le 22 février. Et au final, les présents n’étaient pas déçus. La lecture anthropologique de l’histoire algérienne faite par Daho Djerbal a été d’une extrême minutie, et d’une grande clarté.

Extraits de la conférence de Daho Djerbal (Réalisation: Salim KOUDIL)

Face à ses réponses aux questions du public, et à ses analyses données, il était demandé aux « oreilles » en face de lui de faire l’effort d’extrapoler et de comprendre l’approche de l’universitaire. Pas de place au premier degré. Le mouvement populaire du 22 février doit beaucoup aux galeries des clubs de football! Le professeur d’histoire rappelle que dans les années 30 les meetings de Messali Hadj se déroulaient dans les stades. Depuis au moins le siècle dernier les militaires sont omniprésent dans l’actualité algérien! Depuis plusieurs semaines les algériens sont à l’écoute du moindre discours de Ahmed Gaid Salah! Peut-être que l’explication est dans l’étymologie. Daho Djerbal demande à se rappeler de l’importance, et du respect, donné aux hommes armés depuis la nuit des temps. Il donnera l’exemple du mot en derdja « terras » (التراس), un synonyme d’ « Homme en arme« . Pour accentuer son analyse Daho Djerbal explique: « Au fin fond de notre mémoire collective, l’homme en arme a une place charismatique« .

Qu’en est-il de la Constituante, un des sujets phares du mouvement populaire actuel? Le directeur de NAQD bottera en touche avec finesse. Il se contentera de lire l’intervention d’un député de l’assemblée constituante algérienne publiée en octobre 1962 sur le journal officiel et dont le contenu était une demande de l’élu pour l’enseignement en langue arabe soit appliquée. Une manière de dire (de la part du conférencier) que la Constituante sera une occasion de faire émerger des débats idéologiques et les difficultés que tout le monde rencontrera pour trouver un consensus politique entre les différents courants politiques. Tous les présents auront remarqué que Daho Djerbal n’aura pas répondu ni par un oui, ni par un non.

Le Professeur Daho Djerbal (à droite) lors de sa conférence organisée par le CLPL (© Salim KOUDIL)

L’application de l’article 102 de la Constitution et faire le forcing pour l’organisation de l’élection présidentielle du 4 juillet sont-elles les solutions uniques pour sortir de la crise actuelle? L’histoire contemporaine de l’Algérie, comme le mentionne le Professeur, révèle que Novembre 1954 a été déclenché, entre autres, pour «une rupture avec la ligne électoraliste» préconisée par d’autres mouvements algériens, à l’instar de l’UDMA (Union démocratique du manifeste algérien).

Avant la fin de la conférence, Daho Djerbal a tenu à rappeler une citation de Nehru « les faits sont les faits (…)« . En réalité, il avait omis d’ajouter la suite (pour permettre à l’assistance de suivre, ou par indulgence! ) « (…) et ne disparaîtront pas en raison de votre gout ». Nehru avait bien raison, et en ces jours troubles les algériens auront intérêt à méditer dessus.

@SalimKOUDIL