En attendant la mise en place prochaine d’une instruction interministérielle pour encadrer la vente des compléments alimentaires, comme annoncé lors du séminaire sur cette thématique par la Fédération algérienne des pharmaciens, organisé jeudi dernier, le Syndicat national algérien des pharmaciens d’officine (Snapo), présent à la rencontre, relance son appel à la vente des compléments alimentaires exclusivement en officine étant une question de santé publique.

Par Sihem Bounabi
Mouloud Smaïl, vice-président du Snapo et proche du dossier des compléments alimentaires, a affirmé, hier, que cela fait près de 5 ans que le Snapo œuvre avec une commission interministérielle pour l’encadrement réglementaire de la vente des compléments alimentaires avec une allégation de santé.
Il souligne qu’en attendant la promulgation d’un texte de loi réglementaire, l’instruction interministérielle va instaurer des contraintes à plusieurs niveaux, que ce soit en amont et en aval, soit des contrôles de la production, de la distribution, du processus de délivrance des autorisations de production et d’importation. Des mesures de contrôle seront également instaurées au niveau des marchés de gros et de détail de la vente des compléments alimentaires afin de sécuriser le marché.
A propos de ce qui se fait actuellement, notre interlocuteur estime qu’«il y a une faiblesse des textes actuels, ce sont des textes qui ne répondent plus et sont en déphasage avec ce qui se passe en ce moment au niveau du marché des produits de compléments alimentaires en Algérie », souligne Mouloud Smaïl. Il rappelle que cela fait des années que le Snapo plaide pour « une sécurisation du circuit de la distribution et de la dispensation des compléments alimentaires » et « une concrétisation d’un texte réglementaire » qui « va baliser le circuit tracé à l’importation et à la production, en passant par la distribution, ce que l’on appelle les grossistes répartiteurs et arrivée aux points de vente ».
Concernant les points de vente au détail, du fait que ces compléments sont en vente libre au niveau notamment des parapharmacies, il estime que « cela est un grand risque pour la santé publique » puisqu’« il n’y a pas de professionnels de santé comme c’est exigé dans une pharmacie où il y a toute une équipe de professionnels de santé qui connaît le produit et qui sait ce qu’il faut donner ou dispenser ou conseiller par rapport au besoin exprimé par un patient ».
Ainsi afin d’éviter les risques de surconsommation ou, plus grave, de complication de santé dans le cas où le patient a des comorbidités, tel le diabétique ou le cardiaque, le vice-président du Snapo réitère que son syndicat plaide pour « une vente exclusive des compléments alimentaires qui ont des allégations de santé bien précise en pharmacie ».
Il estime que le problème de la vente libre de ces produits est un problème de santé publique. « D’abord, il n’y a pas d’étiquetage qui indique la composition de ces produits et ensuite, il y a de forts risques pour le malade. Il cite le cas d’un malade cardiaque qui prendrait un complément alimentaire à base de calcium, ce qui est contre-indiqué dans son cas… Cela peut avoir de graves complications de son état de santé. »
En plus de l’explosion de la consommation durant la pandémie de la Covid, et de plus, les compléments alimentaires sont notamment prescrits dans le cadre de spécialité médicale comme l’orthopédie, la gastro ou la gynécologie d’où la nécessité des conseils d’un professionnel de la santé, un pharmacien ou un pharmacien-assistant dans la prise de ces compléments.
Le deuxième argument pour la vente des compléments alimentaires en pharmacie est une maîtrise du circuit à travers leur traçabilité grâce au maillage des officines au niveau national qui permet d’intervenir rapidement pour faire des rappels de lots qui peuvent être suspects. Ainsi, l’étape en amont est le contrôle de tous les produits qui sont importés ou produits localement, au niveau du réseau de distribution et limiter la vente au détail vers les officines, s’assurer que le produit est dépourvu de toxicité et avoir un meilleur étiquetage qui permet d’avoir une fiche d’information des ingrédients qui composent ce produit.
Lors du séminaire organisé jeudi dernier, le président de la Fédération algérienne de pharmacie, Pr Abdelhakim Boudais, a appelé à la nécessité d’élaborer des lois pour la gestion et l’organisation du marché des compléments alimentaires en pleine expansion ces dernières années. Il a ainsi mis en exergue le fait que ces produits largement consommés, ces dernières années, doivent obéir à « des lois précises et claires pour l’organisation de leur usage, d’où la nécessité de combler ce manque ». n