La filière des compléments alimentaires, dans laquelle l’Algérie importe actuellement pour 500 millions d’euros par an, sera encadrée, selon le ministre de l’Industrie pharmaceutique par la mise en place d’un texte réglementaire pour un «meilleur encadrement» des produits importés et mis en vente pour une large consommation en marge de tout encadrement.

PAR NAZIM BRAHIMI
Ali Aoun a évoqué, dimanche, dans ce sens un «agrément spécifique» pour ces compléments alimentaires dans ce qui prélude à un tour de vis pour une activité qui échappe à tout contrôle, selon le ministre, avec un sérieuse menace sur la santé des personnes. «Il faut qu’on arrête avec ces compléments alimentaires qui entrent de partout. L’Algérie importe environ 500 millions d’euros par an de compléments alimentaires. Où allons-nous ?», avait fulminé M. Aoun, lors d’une visite au niveau de plusieurs laboratoires pharmaceutiques implantés dans la wilaya d’Alger.
«Tout le monde s’est engouffré dedans, parce qu’il n’y a pas de contrôle», a-t-il pointé du doigt, en faisant remarquer que la publicité pour ces compléments alimentaires a été arrêtée. Et de préciser qu’«à la télévision, depuis un mois, il n’y a plus de publicité sur les compléments alimentaires, parce que c’est une catastrophe». Ajoutant qu’il y a actuellement un décret en préparation pour réglementer ces produits, promettant une «réglementation très stricte». «Nous allons imposer pratiquement un agrément pour la production de ces compléments alimentaires, qui seront régis comme les médicaments», a-t-il précisé, en mettant en garde que «c’est surtout la santé du citoyen qui passe en premier».
Il faut noter que cette perspective de réglementation intervient après plusieurs années de «laisser-aller» qui avait pourtant fait réagir la Fédération algérienne de pharmacie (FAP), qui a appelé à la nécessité d’élaborer des lois pour la gestion et l’organisation du marché des compléments alimentaires en pleine expansion.
Lors de la conférence nationale sur les compléments alimentaires, organisée en juin dernier, le président de la FAP, Abdelhakim Boudis, a indiqué que ces produits «largement consommés ces dernières années diffèrent totalement des médicaments et se trouvent actuellement à la croisée des chemins, d’autant que leur gestion doit être soumise à trois ou quatre ministères».
Après avoir établi le constat, le même responsable a considéré que la gestion de ces produits «doit obéir à des lois précises et claires pour l’organisation de leurs usages, d’où la nécessité de combler ce manque», soutenant qu’il est «indispensable d’accorder un intérêt particulier à ce type de produits qui sont soumis actuellement à la gestion exclusive du ministère du Commerce».
Et de faire remarquer que ces produits sont vendus dans les pharmacies bien qu’ils ne soient pas soumis aux lois régissant les autres produits pharmaceutiques, d’où la nécessité, dira-t-il d’élaborer des lois claires pour les compléments alimentaires afin de «protéger le citoyen de leurs effets néfastes et définir leurs usages».
Mettant en avant l’urgence de définir les missions de chaque secteur et de mettre en place un guide d’orientation pour faire la distinction entre l’utilisation de ces compléments alimentaires et la prescription des médicaments destinés au traitement des différentes maladies, le responsable a mis en garde quant à la commercialisation de certaines huiles essentielles et herbes très prisées notamment durant la propagation de la Covid-19, faisant état du recensement de près de 4 000 commerces (vendeurs et producteurs de ces produits).
La problématique qui se pose est «la méconnaissance» de leurs bienfaits sur la santé de l’individu. D’où la question de savoir à qui incombe la responsabilité de définir les bienfaits ou les contre-indications de ces produits. Est-ce la responsabilité de l’Agence nationale des produits pharmaceutiques, du ministère de l’Industrie pharmaceutique ou celle d’autres instances dans la mesure où leur commercialisation est supervisée par le ministère du Commerce ?
La sonnette d’alarme a été tirée au mois de février quand le ministère du Commerce a annoncé l’interdiction de vente de 20 compléments alimentaires, testés en laboratoire nocifs pour la santé du consommateur et contenant des constituants non déclarés dans la composition. Il s’agit d’une violation des dispositions de la loi 09-03 du 25 février 2009 relative à la protection du consommateur et à la répression des fraudes et du décret exécutif n°12-203 du 6 mai 2012 relatif aux règles applicables en matière de sécurité des produits, a précisé le département du Commerce.
Ces produits sont souvent présentés sous forme de miel, de boisson, de confiture ou de chocolat, présentés sous plusieurs emballages et d’autres formes comme des petits sachets, des boîtes et flacons, a informé le ministère mettant en garde les consommateurs contre «ces produits non sûrs et dont la consommation pourrait représenter un danger pour leur santé», recommandant de les boycotter… <