Selon Hassen Khelifati, assureur et vice-président de l’UAR, elles s’élèveraient à 59 milliards de dinars.

Les compagnies algériennes d’assurance souffrent énormément des créances impayées, a alerté une nouvelle fois, hier, le PDG d’Alliance Assurances, Hassen Khelifati. Source d’inquiétude pour les assureurs, ces créances s’accumulent sans répit et menacent carrément l’équilibre financier des entreprises du secteur, a-t-il prévenu sur la chaîne Echourouk TV, où il intervenait également en qualité de vice-président de l’Union algérienne des sociétés d’assurance et de réassurance (UAR).
Déjà malmené par les mesures sanitaires imposées par la pandémie de Covid-19, le secteur a dû compter avec un stock de créances impayées d’une valeur de 59 milliards de dinars en 2020, soit plus de 50% du chiffre d’affaires réalisé, a-t-il chiffré, non sans regretter que l’Algérie soit «le seul pays au monde où l’assurance est vendue à crédit».
«Il y va de la stabilité financière des compagnies d’assurances», insistera-t-il, soulignant l’urgence d’une réforme du secteur des assurances. Ceci d’autant que «le déséquilibre causé par ce type de créances constitue un frein à tout projet consistant à améliorer les prestations des professionnels du secteur, notamment en matière de procédures d’indemnisation des assurés», a-t-il ajouté.
M. Khelifat n’est, en fait, pas à son premier coup de gueule contre la vente à crédit des contrats d’assurance aux entreprises publiques. Il a régulièrement critiqué son aspect «néfaste et dangereux». Cette pratique «est même devenue un argument concurrentiel utilisé dans une grande ampleur par les assurés qui ont trouvé là une manière de financer leurs cycles d’exploitation à moindre frais et même se faire rembourser les sinistres sans avoir payé la police d’assurance et en violation de la loi», a-t-il dénoncé à maintes reprises, soulignant que «tout le monde est perdant, la compagnie d’assurances, ses intermédiaires AGA et courtiers qui sont payés à l’encaissement, le Trésor public pour non-perception des taxes et notamment la TVA. Et comme la réassurance est payée sur les fonds propres des compagnies, celles-ci ont moins de capacité financière pour les placements sur le marché financier et le financement du cycle économique à moyen et long termes à travers les bons du Trésor».
D’où les appels réitérés pour une réforme qui mettra fin à cette pratique. Une réforme dont les prémices sont détectées à travers les instructions formulées en ce sens par le ministre des Finances, Aymen Benabderrahmane. «Le rapport sur le secteur des assurances semble être arrivé chez le ministre, et en tant que professionnels du secteur, nous ne pouvons que nous réjouir des nouvelles orientations données. Elles vont insuffler une nouvelle dynamique, et dans le cadre de l’UAR, étudier le contenu de ces orientations», dira encore l’intervenant. La nouvelle dynamique espérée ne saurait attendre plus, fera-t-il remarquer toutefois. Surtout que le secteur sort d’une année 2020 où il a été «fortement affecté par le coronavirus, à l’exemple des autres secteurs», a-t-il noté, mettant en avant quelques indices d’un recul sans précédent. A commencer par le chiffre d’affaires des assurances dommages qui s’est limité à 126 milliards de dinars (MDA) contre 132,9 MDA en 2019, soit une baisse de près de 5%.
«Les raisons de cette régression sont nombreuses et ne se limitent pas au seul facteur corona», précisera, toutefois, le vice-président de l’UAR, avant de citer le cas de l’assurance automobile qui a vécu une année sans marché du neuf, ce qui lui a valu une baisse de 6,6 MDA de son CA. M. Khelifati citera, en outre, l’exemple de l’assurance personnes dont le CA est passé de 13 MDA en 2019 à 12 MDA en 2020. Il soulignera que cette branche «ne s’est pas développée parce que le pays ne possède pas de marchés financiers dynamiques».
Les assurés de cette branche se comptent à quelques milliers, mais «sont concentrés sur quelques prestations seulement», ajoutera-t-il, précisant que le «gros de cette branche est absorbé par l’assurance voyage qui est obligatoire». Or, ce type d’assurance a reculé de 72% en 2020, suite aux mesures sanitaires et la fermeture des frontières, a-t-il expliqué.
Le secteur des assurances en Algérie n’a pas attendu l’arrivée du coronavirus pour afficher sa fébrilité, nuancera le même responsable. Une situation préoccupante d’autant que l’Algérie est le seul pays de la région Afrique-Moyen-Orient (Mena) où la machine de la progression trouve de la peine à se mettre en branle, compare-t-il à ce propos. Et de souligner que «dans tous les pays de cette région, le marché des assurances se situe entre 2% et 3% de taux du PIB, alors que chez nous, il n’est que de 0,7%». En d’autres termes, le marché national des assurances est aujourd’hui à tout juste à 1 MDA alors qu’il devrait se situer entre 5 et 7 MDA», conclut-il. <