PAR INES DALI
La rencontre sur la réforme des subventions devant se tenir hier n’a pas eu lieu. Cette rencontre au cours de laquelle devait être installée par le président de la République la commission nationale chargée de la révision des subventions a été «reportée à une date ultérieure». C’est ce que nous avons appris auprès de participants qui n’ont toutefois pas été tenus au courant d’une autre date ni des raisons du report.
Invités au début de la semaine pour désigner leurs représentants, les formations politiques, syndicales, patronales, associatives et autres experts en la matière ont été informés la veille de la tenue de la rencontre – mardi en fin de journée – que cette dernière ne se tiendra pas à la date prévue. Ils ont été joints par les services de la Présidence qui leur ont «annoncé le report, sans plus», nous a-t-on déclaré. Jusqu’à hier en fin d’après-midi, aucune nouvelle date ne leur a par ailleurs été communiquée, nous a-t-on assuré.
En attendant, les organisations qui ont choisi de se faire représenter au sein de la commission nationale chargée du délicat dossier des subventions mettront certainement ce temps additionnel à profit pour affiner les propositions qu’elles auront à émettre. Par ailleurs, elles se posent nombre de questions que les experts économistes et financiers devront leur fournir lors des différentes réunions qu’elles ne manqueront pas de tenir avant de ficeler ce dossier.
Poser des questions et avoir des explications, c’est d’ailleurs l’une des raisons qui ont fait que l’Union nationale des professionnels de l’éducation et de la formation (UNPEF) ait décidé d’être partie prenante dans la préparation du dossier des subventions qui ne devront profiter qu’aux «nécessiteux». Des questions que se posent par ailleurs nombre de citoyens.
«Nous ne pratiquons pas la politique de la chaise vide. Nous allons participer à la rencontre et à la commission et avons désigné deux de nos représentants», a affirmé le porte-parole de l’UNPEF, Abdelouaheb Lamri Zeggar. «Cela nous permettra, d’abord, de savoir ce qu’il y a, ce qui est concrètement proposé pour la révision des subventions. Ce qui nous donnera, ensuite, une idée plus claire et nous permettra, donc, de prendre les décisions à même d’être dans l’intérêt des citoyens», a-t-il ajouté dans une déclaration à «Reporters».
Il poursuit en soulignant que jusqu’à présent, «il est dit que les subventions vont profiter aux méritants, mais nous, nous voulons connaître quels sont les mécanismes qui vont déterminer ces méritants». Pour le porte-parole de l’UNPEF, il persiste beaucoup de flou autour de cette question et l’organisation syndicale craint, de ce fait, que «les mécanismes ne soient pas efficaces». «Ce qui nous fait le plus peur, c’est que les subventions soient retirées à des méritants», a-t-il déclaré, tout en défendant les fonctionnaires. «Il est dit que les subventions iront aux pauvres. Pour nous, les fonctionnaires, en général, doivent être intégrés dans la catégorie des ceux qui doivent bénéficier des subventions», a-t-il dit, tout en faisant référence aux «salaires qui ne sont déjà pas conséquents».

Le Cnapest n’a pas encore tranché
De son côté, le Conseil national autonome des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (Cnapest) n’en pense pas moins, même s’il n’a toujours pas pris une décision concernant sa participation à la rencontre. Son porte-parole Messaoud Boudiba a affirmé que «le Cnapest est déjà contre la suppression des subventions». Pour prendre une décision définitive, il va falloir attendre un peu car le Cnapest est toujours «dans l’attente d’une réponse de son Conseil national» qui n’a «pas encore donné son aval». Mais avant, a-t-il fait savoir, l’organisation syndicale qu’il représente a dû prendre attache avec les instances locales au niveau de différentes wilayas pour avoir leurs avis avant que le Conseil national ne se prononce. Pour l’heure, «la question de la participation ou non n’est pas encore tranchée», a-t-il résumé, non sans donner son avis sur la prochaine politique des subventions. «Au Cnapest, nous estimons que le ciblage des subventions n’est facile à mettre en application sur le terrain», a-t-il dit. En outre, «la politique salariale n’est pas appliquée de façon à être en adéquation avec le pouvoir d’achat qui se dégrade. C’est pour cela que j’estime que le ciblage des subventions sera difficile, car il n’y a pas que les pauvres qui ont vu leur pouvoir d’achat s’éroder.»
S’exprimant sur cette épineuse question, le Parti pour la justice et le développement (PJD) estime, lui aussi, qu’il faut des mécanismes efficaces. «L’étape de révision des subventions est très importante, mais cela requiert une grande prudence dans la mise en place des mécanismes qui permettront de passer réellement d’un soutien généralisé à un soutien ciblé», a déclaré Mohamed Benkhellaf, cadre dirigeant au sein du parti. Ce qu’il y a lieu de réviser, selon lui, ce sont «les subventions allouées aux matières de large consommation qui représentent un budget de 5 milliards de dollars», car «ceux qui méritent ces subventions ne sont pas seuls à en bénéficier, puisque les riches et les pauvres sont considérés sur un pied d’égalité actuellement». Il faut, par ailleurs, que le gouvernement agisse sur plusieurs axes dont le premier, a-t-il relevé, est d’aller vers la subvention des salaires, mais aussi la réduction des impôts des citoyens, sans oublier la lutte contre la spéculation.
Pour le moment, en attendant qu’une nouvelle date soit fixée pour l’installation de la commission nationale chargée de la révision des subventions, il y a lieu de relever que le Parti des travailleurs a décidé d’y aller pour dire non à la suppression des subventions et argumenter sa position. Le Front des forces socialistes (FFS) n’a pas encore pris de décision, tandis que Jil Jadid, le Front El Moustaqbel, le FLN, le RND, El Bina, et d’autres seront de la partie, de même que les organisations patronales que sont la Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC) et le Conseil du renouveau économique algérien (CREA).