Après l’autorisation de reprise de certaines activités commerciales sous conditions strictes de respecter les règles de distanciation et les gestes barrières de sécurité, il est regrettable de remarquer que sur le terrain, de nombreux patrons d’espace commerciaux rouverts, hier lundi, n’en ont fait qu’à leur tête et comme si de rien était.
S’il est vrai que le Ramadhan représente un mois important pour les commerçants où les ventes explosent et leur permettent de réaliser des chiffres d’affaires qui, souvent, rééquilibrent leurs résultats annuels, il n’en demeure pas moins que faire fi des mesures obligatoires et salutaires relève plus de l’insouciance caractérisée et où le mercantilisme a pris le dessus au grand risque d’ouvrir les portes d’une seconde vague de contamination.
Devant cet état des lieux, Reporters, qui a sillonné les centres de commerce d’habillement de Badjarah et de Boumati (El Harrach), deux grands lieux du négoce de l’habillement et de la chaussure, a tenté de savoir pourquoi ce non-respect des gestes barrières. Ni patrons ni vendeurs ou vendeuses n’ont souhaité communiquer sur le sujet. Or, il est impensable que ces derniers ne soient pas au courant des mesures à prendre pour exercer leur commerce. Un refus qui peut s’expliquer par leur manque de prise de conscience que le risque de contamination au virus Covid-19 est élevé dans ces lieux.
A l’entrée des commerces où nous nous sommes rendus, point de mesures de protection. Les vendeurs vaquaient à leur activité, celle de servir la clientèle ou de l’orienter vers les rayons où se trouve ce qu’elle recherche, tandis que d’autres visiteurs attendent leur tour pour se renseigner si telles taille où pointure est disponible.
Et pourtant, à l’intérieur de ces espaces de vente tout devrait être organisé pour éviter les contacts entre clients. Où sont passées les mesures à prendre comme mentionné dans un communiqué du ministre du Commerce et largement diffusé par les wilayas ? On y lit en effet pour ce concerne les magasins de l’habillement et de la chaussure les règles de protection à respecter. Pour le détail, il s’agit de la désinfection des chaussures des clients à l’entrée du magasin, l’utilisation d’un thermomètre pour mesurer la température des clients, l’obligation du port du masque pour les vendeurs et les clients, le nombre de clients doit être défini en fonction de la superficie du magasin, pour un maximum de trois à la fois, les essais de chaussures se feront avec un sachet à usage unique, désinfection des mains avec du gel hydrologique, désinfection de l’espace de travail, respect de la distanciation sociale. Mais à notre grand étonnement, nous n’avons pu observer la mise en pratique des consignes citées, si ce n’est le port de masque de protection de quelques vendeurs. Des scènes d’insouciance qui font froid dans le dos, alors que l’intérêt de respecter les mesures préventives n’est plus à démontrer.
Sur ce dernier point, le président de la Fédération algérienne des consommateurs, Mohamed Toumi, contacté par nos soins hier, nous dira : «Il est primordial que les commerçants, en général, et l’ensemble des citoyens, en particulier, prennent conscience de l’importance de se plier aux mesures préventives, c’est-à-dire de s’y conformer sérieusement», a-t-il insisté. Notre interlocuteur en appelle enfin «à la responsabilité individuelle, sans laquelle la société risque de courir un grave danger, à savoir celui de l’apparition d’une deuxième vague de contamination qui sera très difficile à prendre en charge». Cela dit, il serait regrettable que la décision de permette à des commerçants, qui en avaient tant besoin, de reprendre du service, se transforme en catastrophe. Certains y voient même une porte ouverte à la propagation de la pandémie. Pour d’autres observateurs, il n’y aura pas forcément une entorse aux efforts de lutte contre l’épidémie, si les règles de distanciation et les gestes barrières de sécurité sont respectés.<