Mohamed Benmeradi, l’ex-ministre du Commerce, appelé désormais à d’autres fonctions, a rejoint le gouvernement à la faveur du remaniement ministériel de l’été dernier sous la direction d’Ahmed Ouyahia,  avec une mission très claire : remettre de l’ordre dans le commerce extérieur de manière à éviter les pénuries et le mauvais usage des mesures à prendre.

Mohamed Benmeradi laisse le ministère du Commerce à Saïd Djellab. Celui-ci a notamment été Directeur du commerce extérieur, limogé sous l’ère Tebboune. Il a également participé à plusieurs rounds de négociations entre l’Algérie et l’Organisation mondiale du Commerce (OMC).
Il hérite ainsi d’un département à problèmes, sous tension à cause des polémiques sur les restrictions des importations.
Il faut dire que personne ne pensait que Benmeradi allait quitter l’Exécutif. Il a passé seulement huit mois à la tête du ministère du Commerce dans une conjoncture des plus difficiles. Enthousiaste, il a voulu redessiner la politique du commerce. Il  s’attelait  en fait à repenser de fonds en comble la politique du commerce extérieur quitte à se faire des ennemis, notamment dans la sphère  d’influence des importateurs. Il avait  un important rôle à jouer dans le gouvernement d’Ouyahia. Mais, il semble avoir été moins chanceux sur de nombreux dossiers, à commencer par l’établissement de la longue liste des 851 produits interdits à l’importation.
La mesure a créé plus de problèmes qu’elle n’en a réglés, suscitant  une levée de boucliers, notamment dans les filières boissons et céramiques. Benmeradi rajoute au malaise, puisqu’il a annoncé, hier, qu’une cinquantaine de positions sous-tarifaires seront retirées de la liste des 851 produits interdits à l’importation, mais que d’autres seront ajoutés à cette liste. La levée de cette suspension à l’importation, qui concernera 50 à 55 produits, interviendra trois mois après l’entrée en vigueur du décret exécutif fixant les marchandises soumises au régime de restrictions à l’importation, a-t-il  indiqué. Ces déclarations ont été faites en marge de l’Assemblée générale de la Chambre algérienne de commerce  et d’industrie (Caci).
Il est vrai que sous  sa direction, le déficit du commerce extérieur a baissé sur les deux derniers mois de l’année en cours. Cela tient au fait que le volume des marchandises frappées par l’interdiction de l’importation soit important et que les cours du pétrole ont repris de la vigueur se situant autour de 60 dollars le baril.  Seulement, tout n’est pas rose dans son bilan. Benmeradi a échoué dans sa tentative de faire progresser les exportations hors hydrocarbures, ne serait-ce que pour donner aux chefs d’entreprise intéressés par les marchés internationaux l’impression de stabilité et de confiance. L’ex-ministre du Commerce n’a, par ailleurs, pas réussi à trouver de bons substituts aux licences d’importation dont il a déploré l’existence. Benmeradi était en fait connu pour son hostilité aux mécanismes de restriction par la licence, il a voulu aller vers des restrictions par les taxes et par le contingentement. Il aura échoué sur toute la ligne.
Il aura rendu l’intervention de l’administration dans l’économie et dans le commerce encore plus inévitable. Il s’est en outre fourvoyé sur la question des prix élevés  des véhicules, estimant que la dépréciation du dinar y est pour beaucoup. Mohamed Benmeradi part en laissant un héritage extrêmement lourd de responsabilités, mais, également, des structures dépassées dans le commerce extérieur et de sous capacité des réseaux du commerce intérieur.