La nouvelle orthodoxie budgétaire que s’impose le gouvernement commence à se dessiner peu à peu au fur et à mesure que les décisions se suivent et se ressemblent.

L’instruction envoyée par la plus haute autorité monétaire aux banques de la place, les obligeant à suspendre les domiciliations bancaires pour les opérations d’importation des agrumes et des légumes frais renseigne d’une lutte qui s’accentue contre les importations superflues qui grèvent le budget de l’Etat.

C’est désormais une course contre la montre qu’engage le gouvernement, surtout que les positions financières du pays vont en se fragilisant. En témoignent les indicateurs des neufs premiers mois du dernier exercice, communiqués dimanche par le gouverneur de la Banque d’Algérie.
Ladite instruction de la Banque d’Algérie n’est pas la première et ne serait guère la dernière, à en croire certaines sources. L’Exécutif semble décidé à passer à la vitesse supérieure dans son action de maîtrise et d’assainissement du commerce extérieur. Licences d’importations par-ci, suspension des lignes de crédits par-là, il y a comme une volonté depuis peu de mettre un coup d’accélérateur à la lutte contre les importations superflues et tous les phénomènes qui gravitent autour du métier de l’importation. Avant que Abdelmadjid Tebboune, intérimaire du défunt Bakhti Belaib, donne le la, son prédécesseur avait estimé à environ 20 milliards de dollars le coût de la surfacturation et de la fraude à l’importation, une évaluation qui a remis en ordre de bataille toutes les institutions intervenant dans la sphère des importations. La suspension des domiciliations bancaires pour certaines opérations d’importation est désormais un outil efficace pour endiguer l’inflation des importateurs sans scrupules et dont le comportement est souvent antiéconomique. Selon des sources du ministère du Commerce, d’autres produits seront également interdits à l’importation, dont des produits fabriqués localement et les climatiseurs ne répondant pas aux normes d’efficacité énergétique. Une autre piste de travail est également explorée au niveau du département du Commerce ; le retour du monopole de l’Etat dans l’importation de certains produits pour limiter les sorties de devises et venir à bout des spéculations et des fléaux qui se greffent sur les métiers de l’importation.
L’action du gouvernement sur ce terrain commence à devenir plus homogène. Le défi étant de freiner l’élan que connaît la facture des importations qui représentait en 2016 près d’un tiers d’un PIB prévisionnel de 166 milliards de dollars. Cette proportion était de 23,6% en 2011 et est passée à 27% en 2014 avant de passer à environ 30% en 2016.
L’exercice 2016, faut-il le rappeler, a été clôturé avec une facture d’importations se chiffrant à 46,72 milliards de dollars contre 51,7 milliards en 2015, en baisse de seulement 9,62%. L’Exécutif est loin de réaliser la performance qu’il s’est fixé au tout début de l’année 2016, lorsqu’il s’est engagé à baisser de 15% la facture globale des importations.
Il semble vouloir faire mieux en 2017. En tout cas, la crise ne lui laisse plus de choix. D’autant plus que la concrétisation de l’autre ambition de préserver les réserves de change au-dessus des 100 milliards de dollars en 2019 est tributaire de l’efficacité de son action contre les déficits qui, elle, dépend aussi de son aptitude à ramener la facture des importations à des niveaux soutenables pour le budget de l’Etat. Même si les réserves de change représentent environ 25 mois d’achats du pays depuis l’extérieur, l’emballement des importations de ces dernières années constitue un vrai problème pour les années à venir.
De l’avis de bon nombre d’économistes qui ont eu à analyser la structure globale des importations, le vrai problème réside dans deux, voire trois postes ; l’importation des carburants, des biens de consommation non alimentaire ainsi que des produits fabriqués localement. Ce à quoi s’intéresse le gouvernement, selon nos sources.