Le président du Conseil national économique, social et environnemental (CNESE), Rédha Tir, a mis en garde hier contre la diffusion d’un nouveau phénomène de fraude dans les opérations d’importation et d’exportation de produits.

Par Nadir Kadi
Le responsable, qui intervenait en ouverture d’un «atelier professionnel sur l’inclusion financière» ainsi que sur le «rôle du secteur privé dans le financement de l’investissement», a, en effet, précisé que la «sous-facturation» adoptée aujourd’hui par certains exportateurs algériens est devenue une forme d’évasion fiscale. Le président du CNESE déplore à ce titre que la diffusion de ce phénomène ruinerait des années d’efforts. «L’Algérie a lutté contre la surfacturation, a mis en place des dispositifs de douane, surveillé le commerce… et le jour, où nous avons réalisé des profits en exportant, des phénomènes horribles commencent à apparaître avec la sous-facturation».
Pratique qui relève, pour Rédha Tir, d’une sorte d’aberration économique ; le gouvernement doit agir au travers de la révision des textes législatifs, mais aussi en élaborant de nouvelles lois à même d’éviter et d’endiguer la sous-facturation des exportations. Dans le détail, il s’agit entre autres pour le président du CNESE d’adopter une stratégie «moderne» de lutte au niveau du secteur du commerce, des douanes et des services fiscaux, ainsi qu’au niveau des structures professionnelles réunissant les exportateurs eux-mêmes. La priorité serait en ce sens d’élaborer des moyens de contrôle en temps réel des valeurs des produits exportés, «comme c’est le cas pour les denrées importées». Ce qui permettra, ajoute le responsable de détecter toutes tentatives de sous-facturation. Par ailleurs, le gouvernement est appelé à revoir ou même à supprimer la rubrique «Autre» ou toutes rubriques «génériques» dans le tarif douanier ; elles seraient en effet exploitées par certains opérateurs afin de contourner les lois pour s’enrichir au détriment de l’intérêt de l’économie nationale.
Responsable qui plaide toutefois pour la liberté économique, mais en conservant des «garde-fous» contre les fraudes. Le CNESE, par la voix de son président, rappelle en ce sens que le pays a perdu ces dernières années «énormément» de richesses à cause – à cette époque – de la surfacturation que pratiquaient des importateurs en usant des défauts du système des changes : «Les gens se posent la question de savoir où est l’argent ? L’argent part avec la surfacturation (…) et le moteur de ce procédé nocif est la parité du taux de change.» Appelant en substance à libéraliser le marché des changes dans le but de rendre impossible le profit sur les marges de conversion, ou encore, de «jouer» sur les subventions, Rédha Tir donne ici pour exemple : «On achète un bien dans un pays étranger, disons à 1 million de dollars, et n’importe quel ressortissant d’un Etat limitrophe peut venir l’acheter au taux de 0,80 dollars (…) On importe des produits fabriqués en dehors d’Algérie, dans des pays où la structure des coûts est connue (…) puis, des étrangers viennent acheter moins cher en Algérie. Cela est un défi pour toute la théorie économique. Où est l’intérêt national ?»
Par ailleurs, dans son discours d’ouverture de l’atelier, mettant en avant plusieurs experts économiques avec pour but de «trouver les voies pour assainir l’économie algérienne (…) et donner lieu à des recommandations au gouvernement», Rédha Tir a également incité les chefs d’entreprise et investisseurs à se tourner davantage vers le «rachat d’entreprise» plutôt que l’ouverture de nouvelles entités. Ainsi, il défend son propos en expliquant : «Le président de la République a encouragé le rachat des chaînes ou réseaux d’entreprise. C’est bien, ce qui est intéressant dans une entreprise, que ce soit une banque, une usine industrielle… le plus important est son réseau et ses clients». Et l’objectif de ces rachats d’entreprises serait d’autant plus important en ce qui concerne «les produits sensibles, tels que le lait, le blé… tout ce qui impacte notre balance commerciale». Même chose en ce qui concerne les ambitions de certaines entreprises, dont «des banques algériennes» désireuses d’installer des succursales à l’étranger : «Pourquoi ne pas racheter des réseaux déjà disponibles ? Et si vous ne savez pas le faire fonctionner avec une ingénierie financière moderne, faites appel à des spécialistes, trouvez des conseillers…». <