Par Nadir Kadi
Le président de l’Association nationale des exportateurs algériens (Anexal) M. Ali Bey Nasri, a estimé hier que l’Etat devrait accélérer et élargir «dès aujourd’hui » les aides aux exportateurs. Le responsable, qui intervenait à la Chaîne III sur les ondes de la Radio nationale, a en ce sens plaidé pour la création d’un secteur ministériel dédié, capable de centraliser les opérations d’exportation.
Il faut, estime Ali Bey, «une volonté politique très forte, impulsée par le président de la République ». Le responsable du regroupement professionnel, qui a également abordé certaines difficultés rencontrées par les opérateurs économiques, parle carrément de réglementation «dépassée » qui s’apparente à une sorte de «problème psychologique », notamment en ce qui concerne «la devise ou les investissements à l’étranger ».
Il reconnaît toutefois que la «volonté politique » de soutenir l’exportation a été exprimée, au moins depuis «la date charnière du 18 août 2020 », lors du discours du Président. M. Ali Bey Nasri propose d’aller plus loin avec la refonte de l’organisation politique et administrative qui régit l’économie dirigé vers l’international : «La volonté d’exportation doit être exprimée par le président de la République avec, pourquoi pas, un conseiller de l’exportation chargé de conduire l’équipe gouvernementale dans cette activité (…) ou un ministère de l’exportation, qui pourrait être placé à un très haut niveau ». En ce sens, le responsable a dénoncé hier la situation actuelle, soulignant que l’organisation du travail des explorateurs est «dispersée » : «Pour le moment, l’exportation est restée une fonction transversale diluée entre plusieurs ministères. » L’une des principales problématiques résiderait en ce sens, pour M. Ali Bey Nasri, dans l’environnement administratif et bureaucratique : «L’exportation, ou plus encore, l’investissement à l’étranger, est toujours considéré comme un acte suspect. » La réglementation sur le mouvement des devises obéit encore à des «textes de la Banque d’Algérie qui n’ont pas changé depuis 2007, alors que le monde a changé (…) Rien n’a été fait, nous continuons à constater la fonte des réserves de change, 132 milliards ont été consommés depuis la fin de 2014 ».
Se montrant toutefois positif sur les perspectives et capacités des opérateurs à atteindre l’objectif de 4 milliards de dollars d’exportation hors hydrocarbure : «Les derniers chiffres pour le début de cette année sont de 1,14 milliard de dollars d’exportation (…) C’est positif d’autant que cela s’est fait en situation de crise. L’objectif des 4 milliards de dollars sera à mon avis atteint cette année au moins à 90% (…) Ce serait une première de dépasser cette barre symbolique de 3 milliards de dollars ».
Le président de l’Anexal a par ailleurs rappelé que la question de l’exportation doit être considérée dans une logique économique plus globale : «Depuis le début des années 2000, nous avons certes multiplié par 3 les exportations, mais dans le même temps, les importations ont été multipliées par 10. » Ajoutant dans la même logique : «C’est le moment de changer de logiciel (…) La situation impose aux pouvoirs publics de changer leur approche en ce qui concerne l’exportation. »
Quant à la question de produits algériens les plus exportés ces dernières années, et par extension, les produits pour lesquels l’Etat «doit investir », le responsable de l’Anexal a indiqué en substance que l’Algérie avait la particularité de ne pas s’enfermer dans une seule spécialité hors hydrocarbures, ainsi il apparaît que les produits exportés sont tous «intimement liés aux investissements (…) L’augmentation des exportations est due aux produits émergents, notamment le ciment, les produits sidérurgiques et le pneumatiques ». L’ensemble de ces produits, ajoute M. Ali Bey Nasri ont «rapidement » trouvé des débouchés à l’export. «Dans le ciment nous étions à zéro exportation en 2018, et nous avons réussi à clôturer 2020 à près de 2 millions de tonnes, avec une perspective de 5 millions de tonnes en 2021 ». Constatations qui appellent les autorités à investir davantage, selon le responsable : «Les 43 milliards de dollars de réserves de change doivent être consacrés à la progression des recettes (…) Il faut utiliser ce qui existe pour aller vers l’exportation ». M. Ali Bey Nasri ajoute que les «nouveaux investissements » devraient aller vers des projets de fabrication de «produits à forte valeur technologique ou la valeur ajoutée est la plus importante ». <