La nouvelle liste des produits interdits à l’importation sera publiée «prochainement», a indiqué, jeudi dernier, le ministre du Commerce. Saïd Djellab, qui était en déplacement à Oran au Salon de la production nationale «Mentoudj bladi», a ajouté que les services de son département sont en train d’apporter les «dernières retouches» à cette liste qui «sera rendue publique prochainement».

L’ancien ministre du Commerce, Mohamed Benmeradi, avait récemment indiqué qu’«une cinquantaine de positions sous-tarifaires seront retirées de la liste des 851 produits interdits à l’importation, alors que d’autres seront ajoutés à cette liste». «La levée de cette suspension à l’importation, qui concernera 50 à 55 produits, interviendra trois mois après l’entrée en vigueur du décret exécutif fixant les marchandises soumises au régime de restrictions à l’importation», avait précisé l’ex-ministre du Commerce. Elle vient «en réponse aux préoccupations d’opérateurs économiques et après une évaluation trimestrielle de certains produits indisponibles sur le marché national», a-t-il poursuivi.
Depuis l’entrée en vigueur des restrictions aux importations, le 7 janvier dernier, la liste des produits interdits d’achat à l’étranger est devenue l’objet d’intérêt de tous les opérateurs et observateurs de la scène économique et commerciale algérienne.
Depuis plus de quatre mois, elle est même devenue source de polémiques et de critiques qui, du fait qu’elle concerne le commerce extérieur du pays, déborde largement les limites du débat national et s’y impliquer les partenaires économiques de l’Algérie, les pays de l’UE en premier. Ouvertement ou à demi-mots, certains d’entre eux reprochent à notre pays de pratiquer une politique économique protectionniste au détriment des engagements pris dans le cadre de l’accord d’association notamment. Chez nous, la question de «faut-il interdire ou instaurer des sas de protection en attendant que l’orage de la crise passe ?» est aussi ancienne que la décision de l’Exécutif de protéger les équilibres financiers du pays en ramenant le seuil des importants à ce qui est «nécessaire». Elle a cependant rebondi lorsque l’ancien ministre du Commerce, Mohamed Benmeradi, qui assistait à l’Assemblée générale des chambres de commerce du pays, a déclaré que le gouvernement (auquel il n’appartient plus) réfléchit à la création de nouvelles taxes permettant de préserver ces fameux équilibres et procurer aux producteurs nationaux des marges de manœuvre davantage confortables par rapport à la concurrence du produit importé.
Concernant le projet d’instauration de nouvelles taxes (sur lesquelles le successeur de M. Benmeradi n’a rien dit de significatif), au moins deux observateurs algériens importants ont réagi. Le premier, Ali Bey Nasri, de l’Agence nationale de promotion du commerce extérieur (Algex), qui était présent au moment des déclarations de l’ancien ministre du Commerce, avait indiqué à Reporters qu’«il vaut mieux taxer qu’interdire», l’interdiction étant le «plus mauvais signal qu’on peut envoyer à ses partenaires», a-t-il expliqué. Le second est l’expert Saïd Lalmas qui, lors d’une conférence-débat en marge du Salon de l’agro-industrie (Djazagro), a estimé que l’entrée en vigueur de la liste des produits interdits à l’importation est un «signal de vulnérabilité» et de «remise en cause, même temporaire, des engagements du pays vis-à-vis de ses grands partenaires». Selon lui, elle est également «source d’incohérence» dans la mesure où elle est souvent revue soit dans le sens du durcissement soit dans le sens de l’assouplissement, comme pour les intrants utilisés par les industriels de la filière boissons.
L’alerte lancée par leur association, l’Apab, selon laquelle des unités étaient menacées de paralysie en raison d’un tarissement de matières premières, «qui n’existent pas à l’échelle locale», à travers une déclaration à Reporters du président de l’association Ali Hamani, a obligé le ministère du Commerce à lâcher du lest. Pour le professeur Abderrahmane Mebtoul, la réaction du gouvernement face au désarroi des producteurs de boissons «risque de se répéter dans une situation où même le produit fabriqué localement dépend en très grande partie d’intrants achetés en devises fortes à l’étranger». L’expert appelle à la mise en place d’une «réflexion stratégique qui va au-delà de la mise à jour permanente de la liste» des produits interdits à l’importation.