L’année 2017 est en train de s’achever en Algérie avec des réserves de changes de 97 milliards de dollars, contre 114 milliards de dollars à fin 2016 et 144,1 milliards de dollars à fin 2015. Ce qui signifie assez clairement que durant les 12 derniers mois, l’Etat a été contraint d’aller creuser un peu plus dans ce matelas de devises pour subvenir aux besoins du pays, notamment en matière de produits importés.

Ceci, d’autant que la mise au régime des licences d’importation et du mécanisme de contingentement de nombreux produits et l’instauration de nouvelles disposition bancaires n’ont pas eu l’impact escompté par les pouvoirs publics.
Le déficit commercial du pays a, certes, connu un recul, s’établissant à 11 milliards de dollars, mais la réduction de la facture des importations est loin d’avoir atteint le montant ciblé, à savoir 30 milliards de dollars en 2017. Cette facture est restée presque aussi lourde qu’en 2016, puisqu’elle va terminer l’année autour des 45 milliards de dollars, soit tout juste un peu plus d’un milliard de dollars de moins que l’année écoulée.
Si le statut de pays gros importateur, notamment à travers les produits alimentaires, est resté collé à l’Algérie durant l’année qui s’en va, c’est en bonne partie par la faute du système des licences d’importation, inefficaces, et surtout pénalisant pour de nombreuses entreprises nationales qui ont dû faire avec un rythme de production au ralenti, faute d’intrants et autres matières premières. Du coup, le rôle que devait jouer cette entreprise, en termes de renforcement et de diversification de l’offre nationale, n’a pu être assumé.
Reconnaissant les ratages des licences d’importation, le ministère du Commerce a donc décidé de mettre un frein à ce système et d’abandonner cette voie, hormis l’importation des véhicules, dont les licences ont été maintenues.
Les concessionnaires gravitant autour de ce secteur s’attendent même au pire en 2018, après les aveux du Premier ministre Ahmed Ouyahia dans le sens d’un verrouillage de l’activité assemblage automobile qui ne laissera de place qu’à dix opérateurs, dont cinq pour les véhicules de tourisme et cinq autres pour l’utilitaire. « Lorsqu’on avait 174 milliards de dollars (de réserves de change, Ndlr), l’Algérie importait 500 000 véhicules/an pour 6 milliards de dollars mais, aujourd’hui, nous n’avons que 98 milliards de dollars à novembre. Nous n’avons pas arrêté d’importer ce nombre de véhicules pour importer 600 000 kits », a-t-il lancé en guise de justificatif du verrouillage opéré, à un concessionnaire intéressé par l’activité d’assemblage de voitures en Algérie. Un verrouillage qui devra concerner également des centaines de produits voués à l’interdiction de franchir les ports algériens dès 2018, alors que d’autres seront surtaxés, dans le but de réduire réellement les dépenses en monnaies fortes du pays et de les faire descendre à 30 milliards de dollars pour l’exercice 2018. L’interdiction d’importer de presque un millier de produits relevant de 45 catégories de marchandises vise à encourager la production nationale, en lui permettant d’évoluer dans un environnement débarrassé de la concurrence étouffantes des produits d’outre-mer, et aussi de se renforcer et de se diversifier pour répondre à une demande locale qui va fatalement se retrouver face à une offre en deçà des capacités qu’elle pouvait faire valoir en recourant aux importations.

Le défi d’atteindre 30 milliards de dollars pour l’exercice 2018
Pour rappel, la suppression des importations concerne essentiellement les fruits secs, les fromages (produits finis), les fruits frais (à l’exception des bananes), les légumes frais (sauf l’ail), les viandes (à l’exception des viandes bovines), le thon, les dérivés du maïs, les préparations de viande, les chewing-gum, les bonbons et chocolats, les pâtes alimentaires, les viennoiseries, les dérivés de céréales, les conserves de légumes, les tomates préparées ou conservées, les confitures, les gelées, des fruits conservés, les préparations alimentaires, les eaux minérales, le ciment, les détergents, les produits plastiques finis et semi-finis, les produits hygiéniques, le marbre et le granit, le papier hygiénique, les tapis, la céramique finie, les glaces et verres, les moissonneuses-batteuses, les articles de robinetterie, les fils de câbles, les meubles, les lustres, les articles électroménagers et les téléphones mobiles. En outre, il sera procédé à l’élargissement de la liste des marchandises soumises à la Taxe intérieure de consommation (TIC), au taux de 30%, pour 10 familles de produits finis, ainsi que le relèvement des droits de douanes, pouvant atteindre 60%, pour 32 familles de produits finis. En plus de devoir, et pouvoir, tirer profit de ces mesures qui réduisent des manœuvres de la production étrangères sur le marché algérien, nombreuses sont les entreprises qui pourront entamer l’année 2018 avec des caisses renflouées, à la faveur du mécanisme naissant en Algérie de la planche à billets qui a permis à ces entreprises de se partager 270 milliards de dinars des créances qu’elles détiennent auprès de l’Etat. Tout en se félicitant des avantages de la planche à billets, qui a permis de boucler l’année budgétaire sans grandes difficultés, le Chef du gouvernement a annoncé la mise en branle de l’opération de règlement des créances des entreprises en précisant que celle-ci « va se poursuivre jusqu’à l’apurement de toutes les situations encore en instance ».
Quant au financement de l’investissement, il pourra compter sur une situation bancaire assainie, ou en voie de l’être, puisque Ahmed Ouyahia a fait savoir que le Gouvernement a pris toutes les mesures nécessaires pour solder sa position vis-à-vis des établissements bancaires.