Le déficit commercial qui a caractérisé le commerce extérieur de l’Algérie de ces dernières années s’est résorbé, cédant le terrain au retour tant espéré des situations d’excédent. L’envolée des prix du pétrole et du gaz sur les marchés mondiaux contribue largement à l’amélioration des indicateurs du commerce extérieur.

Par Hakim Ould Mohamed
Dans l’ensemble, les fondamentaux du commerce extérieur de l’Algérie ont été marqués, essentiellement, par un rebond important des importations, en dépit des mesures et des dispositifs de restrictions mis en place ces dernières années, par un retour aux excédents à l’issue de plusieurs années de déficits chroniques, une amélioration à mettre sur le compte de la hausse des prix du pétrole, et par une progression des exportations hors hydrocarbures, un indice on ne peut plus clair sur l’engouement des entreprises pour les marchés extérieurs.
La bonne nouvelle vient d’abord de cet état d’excédent avec lequel l’Algérie n’a pas renoué depuis maintenant plusieurs années, soit durant la période post-contrechoc pétrolier de la mi-2014. Les déficits chroniques de la balance commerciale ont entrainé d’importants déficits de la balance des paiements, lesquels ont fait perdre à l’Algérie environ 150 milliards de dollars sur ses réserves de change investies dans les banques souveraines occidentales.
Les statistiques douanières, communiquées plus tôt cette semaine, font apparaitre, pour le premier semestre 2022, une balance commerciale excédentaire de plus de 5,689 milliards de dollars, alors qu’elle était déficitaire pour le premier semestre 2021, de -1,348 milliard de dollars.
Le taux de couverture des importations par les exportations s’est, bien évidemment, amélioré nettement pour s’établir à 128,2%, alors qu’il était de 92,8% pour le 1er semestre 2021. Cela permet à l’administration douanière de dire que la dégradation du solde commercial s’interrompt. Mais cette amélioration intervient grâce à la hausse des prix du pétrole et du gaz sur les marchés mondiaux et donc sous l’effet de facteurs exogènes sur lesquels l’Algérie n’a aucune emprise. Cela signifie que la situation du solde commercial demeure dépendant de l’évolution des cours du brut et du gaz, ceux-ci ont progressé respectivement de plus de 41% et plus de 228% en variation annuelle.
Et compte tenu de l’exacerbation des tensions entre la Russie et l’Occident, autour de la crise ukrainienne, rien ne prédit un quelconque retournement de situation de si tôt sur ces deux marchés, ce qui permettra à l’Algérie de renforcer son excédent qui atteindrait 15 milliards de dollars à la fin de l’année, selon certaines prévisions.
Le problème des importations reste entier
Les exportations hors hydrocarbures, bien qu’elles soient en progression, ont participé marginalement à l’amélioration du solde commercial. En effet, les exportations hors hydrocarbures (hors énergie et lubrifiants) ont atteint, durant ce semestre, 3,507 milliards de dollars, contre 2,047 milliards de dollars au 1er semestre 2021, «soit environ la moitié de l’objectif de l’année 2022 qui est de 7 milliards de dollars», précise un communiqué de l’administration douanière. Cela démontre l’appétit des entreprises algériennes pour l’exportation ; un appétit constaté notamment chez les cimentiers, les producteurs de rond à béton et autres produits de fer ainsi que chez les entreprises d’engrais et de fertilisants. La demande mondiale pour ces produits a fortement augmenté sur fond de craintes quant à de probables répercussions de la crise ukrainienne sur les marchés de métaux, d’engrais et de ciments. Et ce sont les entreprises algériennes qui en tirent profit. La mauvaise nouvelle est la dynamique vive constatée sur la courbe des importations. La hausse constatée des importations peut être tirée par celle des prix, mais ce rebond renseigne qu’on le veuille ou pas d’une progression importante de la dépense brute des agents économiques et qui pourrait, à terme, se révéler incontrôlable si des mesures en faveur de la production locale de biens et services venaient à manquer. Les statistiques douanières du premier semestre de l’année en cours font apparaitre des importations de 20,223 milliards de dollars, en augmentation de 7,41% par rapport au premier semestre 2021 (18,829 milliards de dollars). Au rythme où vont les choses, la valeur de ces importations pourrait dépasser les 40 milliards de dollars d’ici la fin de l’actuel exercice, alors que les prévisions initiales du gouvernement, établis sur la base de l’impact attendu des mécanismes et des mesures de restriction, tournent autour de 30 milliards de dollars, voire au-dessous de cette barre. Fort heureusement, les prix du pétrole et du gaz ont maintenu leur mouvement haussier, ce qui a contrebalancé la hausse des importations durant la première moitié de l’année en cours. Cela dit, les fondamentaux du commerce extérieur de l’Algérie restent bien orientés, même si les vulnérabilités de toujours subsistent, à savoir le poids des hydrocarbures dans le solde commercial et la hausse des importations malgré les tentatives d’enrayer cette tendance. n