Par Feriel Nourine
L’année 2020 a été marquée par une baisse notable des importations de l’Algérie. Lesquelles se sont chiffrées à 34,39 milliards de dollars (mds usd), soit un recul de 17,99% par rapport à 2019, indique le rapport de la Direction générale des Douanes (DGD) consacré aux statistiques du commerce extérieur du pays pour l’année dernière.
Toutefois, la réduction effectuée dans les achats de l’étranger n’a pas eu l’impact qui aurait pu être escompté face à des recettes d’exportation, dont la baisse a été nettement plus importante. Celles-ci se sont même effondrées, se contentant d’une valeur totale d’à peine 23,80 mds usd, synonyme d’une chute de 33,57% par rapport à l’exercice précédent, selon la DGD.
Une chute qui s’est vérifiée en premier lieu au détriment de la balance commerciale du pays, à travers un déficit qui s’est encore creusé pour atteindre 10,60 mds usd, alors qu’il s’était élevé à 6,11 mds usd en 2019. De quoi vider davantage des réserves de change mises à rude épreuve ces dernières années, depuis la chute des prix du pétrole, en 2014.
Ce matelas financier en devises est passé de 200 mds usd durant cette année, qui clôturait brutalement la période faste d’un baril de brut à plus de 100 dollars, à 42 mds dollars à fin 2020. En mars dernier, Abdelmadjid Tebboune avait indiqué que le niveau des réserves de change du pays oscillait entre 42 et 43 milliards de dollars, assurant que la situation financière du pays n’est pas source d’inquiétude malgré la baisse enregistrée. Si pour les années précédentes, la baisse des réserves de changes s’effectuait dans une configuration de factures d’importation maintenues à leur haut niveau, en 2020, ces réserves se sont dégradées alors que ces importations ont connu un recul appréciable. Mais dont les retombées bénéfiques ont vite été étouffées par la situation d’un marché pétrolier qui a traversé ses pires moments durant cette année, suite à la très forte chute de la demande mondiale d’or noir provoquée par la pandémie de Covid-19.
Sauf que, bien plus que la crise du marché pétrolier qui a fortement secoué ses assises financières, c’est encore sa dépendance plus qu’excessive des hydrocarbures qui a encore massacré ses réserves de changes en 2020. En effet, sur les 23,80 mds usd encaissés, 21,5 mds usd (90,5% des exportations globales) reviennent aux ventes d’hydrocarbures, contre tout juste 2,2 mds usd pour les exportations hors-hydrocarbures. Au tableau des principaux partenaires de l’Algérie, la Chine a conservé sa première place de premier fournisseur avec 16 % des importations algériennes, enregistrant toutefois une baisse en valeur de 24% par rapport à l’année d’avant, suite au recul des importations globales. Le solde déficitaire avec la Chine était de 4,62 milliards de dollars. La France est deuxième (10 %), suivie de l’Italie, l’Allemagne, l’Espagne et la Turquie.
Côté clients du pays, l’Italie s’est classée en tête, avec 14% des ventes globales de l’Algérie, suivie de la France (13 %), l’Espagne, la Turquie et la Chine. Depuis 2016, l’Algérie a engagé une politique de restriction sur les importations afin de préserver les réserves de changes. Cette politique a été encore plus marquée en 2020, avec de nombreux produits demeurés interdits à l’importation, dont les voitures. D’où la baisse sensible de la valeur totale des importations (près de 18 % de moins par rapport à 2019).
En 2020, l’Algérie a continué à importer essentiellement des équipements industriels, des biens alimentaires, des médicaments, de la matière première pour certaines industries, des carburants et des lubrifiants.
La tendance du commerce extérieur de l’Algérie observée en 2020 se serait, cependant, inversée durant les cinq premiers mois de l’année en cours, selon un communiqué chiffré rendu par le ministère des Finances il y a à peine vingt jours, faisant état d’une baisse de 68% du déficit enregistrée par la balance commerciale de l’Algérie durant cette période. Ce déficit est ainsi passé à -1,3 mds usd à fin mai 2021, contre 3,9 mds usd fin mai 2020, a précisé la même source.
Les importations ont baissé à 15,2 mds usd , contre 18,9 mds usd, soit un repli de près de 20%. Laquelle baisse a été nettement mieux appréciée que l’année dernière grâce à des exportations d’hydrocarbures qui ont augmenté de 32,7%, alors que les exportations hors hydrocarbures ont progressé de +81,71%. Le taux de couverture commerciale (des importations par les exportations) s’est ainsi amélioré de manière appréciable pour atteindre 92% à fin mai 2021 contre 72% à fin mai 2020. «Cette atténuation (du déficit commercial) est le résultat, d’une part, de la forte augmentation des exportations globales de marchandises et, d’autre part, des mesures prises par les autorités publiques pour encadrer le commerce extérieur», a expliqué le ministère, soulignant que le niveau des réserves de change a «repris durant le mois de mai 2021 un trend haussier», une situation qu’il qualifie d’«inédite» et «qui n’a pas était observée depuis plusieurs mois».<