Par Feriel Nourine
L’Opération généralisation de l’utilisation du Terminal de paiement électronique (TPE), à travers l’ensemble du réseau national de commerçants, avance au ralenti. Pis, elle n’avance carrément pas au vu du nombre exagérément timide de commerces qui se sont équipés de ce type de matériel. En juin dernier, le Groupe d’intérêt économique (GIE) Monétique comptabilise tout juste 38 422 TPE installés contre 29 931 une année auparavant.
Une progression de 28,37% qui n’apporte, cependant, aucune valeur ajoutée en matière de satisfaction, sachant que le nombre global de commerçants enregistré au niveau du Centre national du registre de commerce (CNRC) a atteint fin février dernier 2 145 067 cas. Du coup, le total des terminaux installés à travers le territoire national devient plutôt insignifiant, donnant à constater que la réalité chez les commerçants est loin de suivre les objectifs tracés par le gouvernement qui avait déjà inclus dans la loi de finances 2018, plus précisément dans son article 111, l’obligation faite à ces derniers de proposer à leurs clients un TPE pour régler le montant de leurs achats.
Cette obligation faite aux intervenants dans le circuit commercial a été, faut-il le rappeler, reportée à plusieurs reprises et, à son tour, la loi de finances 2021 est venue repousser jusqu’à décembre prochain la généralisation du TPE chez ces derniers. Une nouvelle extension de délai qui n’a, cependant, aucune incidence sur l’évolution de l’opération. Celle-ci a tout d’un ratage, d’autant qu’elle a marqué un coup de frein durant le second trimestre de l’année en cours pour se limiter aux chiffres dérisoires de 278 nouveaux appareils sur cette période de trois mois. Une configuration certes désarmante, mais qui ne semble pas pour autant dissuader le gouvernement de concrétiser l’opération «un TPE pour chaque commerçant». Celle-ci figure sur le plan d’action de l’Exécutif soumis à l’APN.
Elle a été évoquée par le Premier ministre et aussi ministre des Finances, bien au fait des dividendes que peut tirer l’économie nationale du paiement électronique à travers ses différentes formules, dont le TPE.
En ce sens, Aïmene Benabderrahmane semble vouloir passer à la vitesse supérieure et promet d’équiper un million de commerçants en ce type d’appareils à l’horizon 2024. Un chiffre qui équivaut à moins de la moitié du nombre de commerçants inscrits au CNR en février dernier, mais qui semble être plus près de la réalité et de la faisabilité d’une opération lancée sans avoir été réellement maturée.
Le Premier ministre ne donne pas de détails sur la démarche à suivre pour atteindre le million de TPE chez les commerçants dans un peu plus de trois années, mais ses projections pourraient être basées sur l’expérience à laquelle a été livré ce projet depuis 2018, sur fond d’un échec annoncé, puis confirmé d’année en année. Pendant ce temps, des ministères, à l’instar de celui du Commerce, n’ont pas jugé utile, voire réaliste, de cesser leurs ultimatums lancés à l’adresse des concernés sans prendre en considération les besoins réels de l’opération. A commencer par la disponibilité des terminaux dont l’offre locale se trouve limitée. Leur fabrication échoit à l’Entreprise nationale des industries électroniques (Enie), principal intervenant dans cette activité, et dont la capacité de production ne dépasse pas les 600 unités/jour (300 TPE classiques et 300 smart), avait indiqué sa direction, ajoutant que pour le premier trimestre 2021, cette entreprise publique avait produit 6 000 TPE, destinés exclusivement à satisfaire les commandes passées par le ministère des Postes et des Télécommunications.
Faut-il alors recourir à l’importation des TPE pour renforcer leur présence sur le réseau national des commerçants ? Pareille option n’est pas retenue par les responsables de l’Enie, lesquels relèvent que «la politique de rationalisation de l’utilisation des devises prônée par le gouvernement fait de l’option d’importation de ces appareils une solution de dernier recours».
C’est donc de sens de pragmatisme que fait preuve le Premier ministre et ministre des Finances en évitant de faire ressortir l’objectif sans repère d’une généralisation impossible à atteindre. Mieux encore, s’il venait à être décroché, 1 million de TPE en 2024 constituerait sans conteste une réussite du projet. Dans cette logique, M. Benabderrahmane a visiblement choisi de clore la série d’ajournements via les lois de finances et de mettre un chiffre à l’objectif du gouvernement dans la généralisation des TPE. En ce sens, il ne manque pas, bien sûr, de s’accorder un délai pour le rendre réalisable.
Entre-temps, la livraison progressive des appareils devra être accompagnée, sinon précédée, par un travail didactique qui atténuerait au moins l’amour du cash que partagent jalousement commerçants et clients, et provoquerait l’engouement tant espéré pour le TPE chez ces deux partenaires. <