Par Nadir Kadi
Le Parti des Travailleurs (PT), par la voix de sa secrétaire générale, a commémoré hier le 41e anniversaire du Printemps berbère et des évènements du 20 avril 2001. Louisa Hanoune, dans une allocution retransmise sur les réseaux sociaux du parti, a en ce sens salué les initiateurs et participants au mouvement de 1980 ; un mouvement qu’elle qualifie de «première mobilisation contre le régime du parti unique» et dont les résultats et acquis devront être rendus «irréversibles et inaliénables». Le 20 avril 1980 est ainsi, pour Mme Hanoune, «un jalon dans le processus révolutionnaire» débuté en novembre 1954 «et qui se poursuit tant que les questions politiques restent posées».
Responsable politique qui déclare que le peuple algérien a «arraché» plusieurs victoires et acquis, notamment «en ce qui concerne la question de l’identité amazighe, de la langue, de l’aspect culturel», ou encore, la reconnaissance de Yennayer comme «fête nationale» et le «principe de généraliser l’enseignement de tamazight». La secrétaire générale du Parti des Travailleurs appelle toutefois à «sécuriser» ces avancées en corrigeant «l’erreur historique du mouvement national (…) qui a mis de côté la revendication démocratique tout comme il a négligé l’égalité entre hommes et femmes». Ainsi apparaît pour Louisa Hanoune et pour le PT que «seule une assemblée constituante est à même de garantir une vraie représentation politique de toutes les composantes du peuple et pour l’élaboration d’une Constitution qui garantit toutes le libertés démocratiques (…) Seule une assemblée constituante souveraine est capable de consacrer dans la Constitution l’irréversibilité et l’inaliénabilité des conquêtes démocratiques dont la reconnaissance de tamazight».
Un travail sur le «renforcement, l’affirmation et la poursuite» des acquis d’autant plus important pour Mme Hanoune, que les avancées qu’elle évoque «n’ont pas été des cadeaux du pouvoir, ne sont pas tombées du ciel (…) mais ont été le résultat de sacrifices». La secrétaire générale du PT faisant ici le rapprochement avec les évènements de 2001 : «128 jeunes qui ont été tués durant le Printemps noir (…) Malheureusement cela restera comme une honte dans l’histoire de notre pays (…) mais cela a accéléré la reconnaissance de tamazight en 2002 dans le cadre d’un processus qui s’est poursuivi jusqu’en 2016, avec la reconnaissance dans la Constitution de tamazight comme langue nationale». Commémoration organisée par ce qui reste par ailleurs un discours politique, Louisa Hanoune a ainsi estimé que cette question de la langue et plus encore de l’identité avait été utilisée par le pouvoir contre le mouvement populaire de 2019 : «Ils ont essayé de diviser entre berbérophones et arabophones, mais la réaction était extraordinaire (…) la révolution de 2019 a prouvé que les Algériens ont compris les manœuvres et les manipulations».
Quant à la situation actuelle de la langue tamazight «langue nationale et officielle», Louisa Hanoune a estimé, hier, que sa reconnaissance en deux étapes, en 2002 puis 2016, et «sans recourir à un référendum» était une victoire, estime-t-elle, «il s’agit d’un droit naturel qui ne peut être soumis au vote des citoyens et citoyennes». Son enseignement et surtout sa généralisation dans les établissements scolaires du pays restent toutefois «théoriques». L’Etat, en tant que responsable, «n’a pas fourni le budget nécessaire, ni ouvert les postes d’emploi ou assurer la formation des professeurs (…) Le chemin est encore long, alors que l’on devrait penser à sa généralisation (…) comme pour l’arabe, l’enseignement de la langue amazighe aussi devrait être obligatoire».
Et une même déception est également manifestée par la responsable du PT en ce qui concerne l’Académie amazighe : «Elle a été créée et il y a eu polémique sur la nomination des chercheurs qui la compose et qui sont en majorité dans l’allégeance au pouvoir (…) Et j’ajoute que jusque-là nous ne savons pas si cette académie a travaillé et où elle est arrivée. Elle ressemble à un mort-né». <