Comme à l’accoutumée, la ville de Béjaïa a tenu à marquer cette date symbolique du 20 avril qui coïncide avec le double anniversaire du Printemps Berbère d’Avril 80 et du Printemps noir de 2001.

Outre les activités culturelles et sportives, notamment des conférences-débats, des expositions, des galas artistiques, des tournois sportifs…, l’ancienne capitale des Hammadites a vécu ce week-end au rythme des marches pacifiques organisées dans la division des rangs, bien que l’objectif soit le même : célébrer dignement les acquis historiques d’un long combat identitaire.
En effet, ces différentes manifestations de rue s’inscrivent, en fait, dans l’esprit politique du combat démocratique et identitaire des deux Printemps de la Kabylie.
Ainsi, dans la matinée du jeudi 19 avril dernier, des centaines d’étudiants de l’université Abderrahmane Mira de Béjaïa ont organisé une marche pacifique, initiée par son collectif estudiantin. La manifestation de la communauté estudiantine s’est ébranlée à partir de 10h30 depuis le campus de Targa-Ouzemour vers la place de la liberté d’expression Said Mekbel sous les cris des manifestants :
«Assa Azekka, tamazight, tella tella», « Mazalagh d-imazighen», « Pour la généralisation de l’enseignement de tamazight »…
Parmi la foule, on a remarqué la présence de nombreuses figures du Mouvement culturel berbère (MCB), à l’image de Djamel Zenati, ex- détenu d’Avril 80, du porte-parole du comité national de soutien aux travailleurs du groupe Cevital et aux investissements économiques dans la wilaya de Béjaïa, Mourad Bouzidi, des écrivains d’expressions amazighe, Brahim Tazaghart, Rachid Oulebsir et Md Ait-Ighil, du chanteur engagé Boudjemaâ Agraw, des députés de la région, dont Khaled Tazaghart du Front de l’Avenir et Atmane Mazouz du RCD. Arrivé à la place de la liberté d’expression de Saïd Mekbel, le collectif des étudiants a improvisé une prise de parole, où plusieurs intervenants ont tenu à réitérer leur détermination à continuer le combat identitaire de leurs ainés dans toutes ses dimensions. Certains d’entre eux n’ont pas manqué de préciser que la célébration de ces deux Printemps intervient cette année dans un contexte particulier. Celui de « l’officialisation de tamazight, de Yennayer, journée fériée, et de la création de l’académie amazighe ». « Des acquis considérables à capitaliser », ont-ils souligné. Prônant la « vigilance et l’unité des rangs », les représentants du collectif des étudiants de Béjaïa ont appelé, par ailleurs, la population à « participer massivement » à la marche du lendemain (hier ndlr), organisée par le « collectif militant MCB-Tafsut 80 ». Pour sa part, l’écrivain en langue amazighe Brahim Tazaghart, a estimé que « l’académie berbère doit répondre aux standardisations internationales. La substance permanente doit-être de rang magistral et la loi organique doit répondre aux grandes attentes de la population. Toute tentative de la dévoyer aura de graves conséquences ».
Par ailleurs, dans la matinée d’hier vendredi 20 avril, une autre marche plus mobilisatrice a été organisée, toujours au chef-lieu de wilaya, par le collectif militant-Tafsut 80.
Des milliers de personnes issues de divers horizons politiques, ont pris part à cette traditionnelle manifestation de rue qui a démarré, elle aussi, du campus Targa-Ouzemour vers la place de la liberté d’expression Saïd Mekbel. A noter que tout au long de l’itinéraire de la marche, les marcheurs n’ont pas cessé de crier à tue-tête des slogans traditionnels et chers au MCB. À son arrivée au carrefour de Nacéria, la procession humaine a marqué une halte pour observer une minute de silence à la mémoire des martyrs du Printemps noir de 2001. A la place de la liberté d’expression Saïd Mekbel, point de chute de la manifestation, certains animateurs du MCB ont organisé une prise de parole. Dans leurs interventions, ils ont réitéré leur attachement au combat pour la promotion de Tamazight et sa généralisation à l’échelle nationale. Enfin, il y lieu de signaler que les deux marches organisées à Béjaïa se sont déroulées dans la sérénité, et aucun incident n’est à déplorer.