La commémoration du 62e anniversaire de la grève dite des «huit jours» (du 28 janvier au 4 février 1957) s’est déroulée ce lundi 28 janvier à la maison de la culture Abdelkader-Alloula à l’initiative du bureau de wilaya de l’Ugcaa avec le concours du Musée régional du moudjahid de Lalla Setti (Tlemcen) et la direction des moudjahidine. L’évènement a été rehaussé par la présence du wali et des autorités locales, civiles et militaires. Dans son intervention, le secrétaire général du bureau de l’UGCAA, Larbi Nedjar, a mis l’accent sur la stabilité sociale, la préservation du pouvoir d’achat et la cohésion du front intérieur. Pour sa part, le directeur des moudjahidine Afif El Hachemi a indiqué que le taux de suivi de cette grève, déclenchée à l’appel du FLN, avait atteint 90%, en rappelant que des commerçants de la ville de Tlemcen avaient été emprisonnés et que d’autres avaient rejoint le maquis pour échapper à la police coloniale. La solidarité du peuple marocain et tunisien a été également soulignée. Quant à Abdelatif Kerzabi, professeur en sciences économiques à l’université Abou-Bakr Belkaïd de Tlemcen, il fera la genèse de cette grève en mettant en relief son impact dans la métropole et sa dimension internationale en prévision du traitement de la question algérienne à l’ONU, lors de sa 11e session, le 15 février 1957. Cette grève nationale déclenchée à l’appel du FLN était une réponse aux tentatives de la France coloniale visant à resserrer l’étau autour de la cause algérienne. L’UGTA a joué un rôle déterminant au cours de cette grève des huit jours, que ce soit dans sa préparation ou sa mise en œuvre. Le but ? «Dénoncer la torture et la violence contre les Algériens et faire connaître la cause algérienne sur la scène internationale. D’ailleurs, nous avons choisi la date du 28 janvier au 4 février, car elle coïncidait avec l’ouverture de la session de l’ONU» (devant laquelle la question algérienne devait être portée, ndlr), selon Yacef Saâdi, responsable de la Zone autonome d’Alger. Il convient de relever qu’il n’est pas fait mention de cette grève à Tlemcen, pourtant nationale, puisqu’elle aurait touché plusieurs régions dans le recueil de l’Ecolymet « La bataille de Tlemcen », contrairement aux manifestations populaires du 19 janvier 1956 suite à l’assassinat du Dr Benaouda Benzerdjeb, déclaré mort un 17 janvier 1956, et dont, faut-il le souligner, le 60e anniversaire de son martyre fut commémoré officiellement en janvier 2016 au niveau du complexe historique de la Wilaya V situé à Lalla Setti. « Lors de la grève nationale des huit jours en janvier 1957, j’ai été appelé par le responsable Mokhtar, par l’intermédiaire de Rachid Charif, en vue de procéder à une embuscade sur la route des Cascades (El Ourit) contre une Jeep qui empruntait régulièrement ce couloir avec à son bord cinq soldats… », tel est l’unique passage, d’ailleurs « hors contexte », extrait d’un témoignage de Mohammed Abdelmadjid Mesli, ancien élève de la Medersa, fidaï condamné aux travaux forcés à perpétuité, contenu dans le recueil.
En guise d’animation, une exposition timide de quelques planches ramenées du musée de Lalla Setti (scènes de grève à Alger, manchettes du journal « Le Monde »). Quid des archives de « La Bataille de Tlemcen » détenues par le regretté photographe archiviste Abdelkrim Zmirli de la place des Victoires ( Blass El Khadem) et du photographe martyr, le paparazzi du « Nidham » Mounir Meghelli de la rue de France (Mechouar), entre autres ? Comment les organisateurs n’ont pas pensé à inviter des témoins vivants de cette grève, en l’occurrence des commerçants de l’époque, tels les Lachachi de Ras El Bhar, les Tabet d’El Medress, sans oublier d’anciens militants comme les Megunounif, Bali, Trari,Habri, Selka ? Enfin, il faut rappeler que c’est lors de cette grève que Djilali Fardeheb, directeur de l’école de la gare de Tlemcen, fut exécuté le 1er février 1957 par un fidaï sur ordre de la « djebha » pour ne pas avoir, dit-on, observer le mot d’ordre. Doyen des correspondants à Tlemcen, le défunt écrivait pour «La Voix des Humbles» (1922), «Le Petit Tlemcénien» (1936) et «Alger Républicain» (de 1946 à 1957), sous le pseudonyme «Souridor», où il se distingua par un article «subversif» sur un appel à une manifestation en signe de solidarité avec la Palestine usurpée, avec collecte de dons, en 1948, ainsi que le Bulletin «Les Amis du vieux Tlemcen», «La légende de Choumissa, fille de Dilâk, roi d’Agadir» , outre qu’il fut vice-président du bulletin trimestriel des archéologues de l’Afrique du Nord.
E. H. T.