Abdelmadjid Attar, ancien ministre de l’Energie, revient sur cette date charnière qui a vu l’Algérie récupérer, un 24 février 1971, sa souveraineté sur ses richesses hydrocarbures. «De jeunes ingénieurs et techniciens algériens âgés entre 22 et 26 ans ont pris la relève. Les activités production, forage, exploration ont repris. Et la production d’hydrocarbures n’a pas été affectée», raconte l’expert pétrolier.

Par Khaled Remouche
Abdelmadjid Attar, ancien ministre de l’Energie, expert pétrolier, l’un des acteurs de la nationalisation des hydrocarbures, contacté par Reporters, raconte comment s’est effectuée la récupération par l’Algérie, un 24 février 1971, de sa souveraineté sur ses richesses hydrocarbures.
«Suite à la décision du chef de l’Etat Houari Boumediène de nationaliser les richesses pétrolières à 51% et le gaz à 100%, le 24 février 1971, de jeunes ingénieurs et techniciens âgés entre 22 ans et 26 ans, dont certains des appelés du service national, fraîchement diplômés du Centre de formation des hydrocarbures de Dar El Beïda ou de Hassi Messaoud, sont affectés dans les champs, principalement de Hassi Messaoud, après le départ des compagnies françaises. Je fais partie de ces jeunes ingénieurs qui ont pris la relève. J’ai été affecté au gisement de Tin Fouye Tabankort». «Le départ des techniciens français n’a pas affecté les activités de Sonatrach. La production, le forage, l’activité d’exploration ont repris», a-t-il ajouté.
«Les torchères n’ont pas cessé de brûler». Telle est l’image symbole de cet évènement historique, rapportée par l’ex-PDG de Sonatrach Abdelmadjid Attar, qui souligne que cette situation n’a pas affecté la production. A partir de cette date, le Trésor public commence à recouvrer des revenus plus importants tirés de la fiscalisation plus élevée des compagnies étrangères présentes en Algérie. L’expert pétrolier relève que deux objectifs de la nationalisation ont été atteints, la récupération de la souveraineté sur les richesses hydrocarbures et la couverture à moyen et long termes des besoins domestiques en produits pétroliers et en gaz. Concernant ce dernier point, Abdelmadjid Attar rappelle qu’en 1998, l’Algérie a renouvelé ses réserves. «C’est comme si on n’avait produit aucune goutte d’huile depuis 1962, à savoir 4 500 milliards de mètres cubes de gaz et 12 milliards de barils de pétrole. Le troisième objectif, à savoir utiliser les revenus pétroliers pour diversifier l’économie et créer une véritable industrie, n’a pas été totalement atteint à ce jour. Le spécialiste pétrolier regrette par ailleurs que l’Algérie n’ait pas encore défini une stratégie énergétique à long terme. «Par exemple, ce que nous devons produire comme énergie, ce que nous devons développer comme gisements, ce que nous devons consommer, ce que nous devons laisser aux générations futures.» En ce sens, l’Algérie n’a pas encore un modèle rationnel de consommation énergétique. Concernant l’état de ses richesses, Abdelmadjid Attar pointe du doigt les 20 000 milliards de gaz de schiste identifiés dont on n’a même pas commencé à confirmer le potentiel. Concernant les perspectives, il partage l’avis de Ali Hached, l’ancien conseiller du ministre de l’Energie et ancien vice-président de Sonatrach chargé de la commercialisation, l’Algérie ne peut pas tabler sur ses ressources gazières dans son mix énergétique à l’horizon 2030-2050.
Le gaz a un avenir à long terme
Pour Ali Hached, 1 000 MW à partir des énergies renouvelables ne permet d’économiser que 400 millions de mètres cubes et les 15 000 MW à produire à l’horizon 2030 que 5 à 6 milliards de mètres cubes de gaz. L’Algérie aura donc besoin de ses ressources fossiles dans son mix énergétique ou pour assurer la couverture de ses besoins en énergie. Le gaz a donc un avenir à long terme. Le monde, a-t-il ajouté, continuera à utiliser le gaz en 2040-2050. Le mix énergétique d’ici 2030-2050 sera constitué, selon ces experts d’énergies fossiles, d’énergies renouvelables essentiellement solaires et d’économies d’énergie. Concernant ces deux derniers ingrédients du mix énergétique, le programme de développement et de rationalisation d’énergie, prévu à cet effet, peine à s’appliquer sur le terrain. Quant à la diversification de l’économie, elle se fait à petit pas.