Ancienne moudjahida avec le grade honorifique de lieutenant de l’ALN, Hocine Ouradia, est décédée lundi dernier à l’âge de 95 ans, suite à une longue maladie. Elle a marqué de son empreinte le village d’Ighil Imoula et, au-delà, l’Algérie tout entière, grâce à son combat durant la guerre de Libération contre la colonisation.

Une femme de caractère très aimée à Ighil Imoula et à Mechtras, même si souvent elle n’avait pas sa langue dans la poche. Une enfance et une adolescence marquées par l’abjecte colonisation. Hocine Ouardia est née Lounis Saâda, en 1925, à Ighil Imoula. C’est son père Mouloud, contraint par l’administration coloniale à l’emprisonnement et à l’exil, qui lui a donné le goût de la résistance et du combat contre la colonisation. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, alors que le PPA tenait le haut du pavé dans le Djurdjura avec ses idées indépendantistes, dans les villages kabyles les femmes étaient plus nombreuses, car la situation économique s’était dégradée et beaucoup d’hommes quittaient le pays, émigrant à la recherche de la subsistance quotidienne. C’est ainsi que son époux Ahcène se retrouve dès 1946 en Belgique. C’était l’époque des épidémies. Mais aussi des événements génocidaires du 8 Mai 1945.  Et c’est tout naturellement que la moudjahida Hocine Ouardia croise le chemin de Krim, Ouamrane, Ali Mellah, Mohamed Zamoum, Belounès, Ali Zamoum… dès 1948. Avec le futur colonel Mohamed Zamoum, dit Si Salah, elle est chargée du courrier et de la collecte des fonds en prévision du jour «J» du 1er Novembre 1954. Et puis, à nouveau, elle croise le chemin de Ben Boulaïd, Ben M’hidi, du colonel Amirouche et d’Abane Ramdane, qu’elle a soigné dès son arrivée à la tête de la Révolution en 1955, au village d’Ighil Imoula. A la veille de l’inauguration de la stèle du 1er Novembre, au village d’Ighil Imoula, où fut tirée la Proclamation du 1er Novembre 1954 à des milliers d’exemplaires, alors qu’il était sur le point d’être transféré à Grenoble pour soins (en 1989), Kateb Yacine, avait déclaré voir en Ouardia Hocine, Baya Hocine… «de grandes dames aux combats et actes progressistes qui ont ouvert un autre chemin sur les sentiers de la liberté. Nous devons le suivre».