L’historien Benjamin Stora a été chargé, vendredi, par le président français Emmanuel Macron de conduire la mission sur «la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie» en vue de favoriser «la réconciliation entre les peuples français et algérien».

L’Elysée, qui précise que l’objectif est «de dresser un état des lieux juste et précis du chemin accompli en France sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie, ainsi que du regard porté sur ces enjeux de part et d’autre de la Méditerranée», a également fait savoir à l’issue de la rencontre entre les deux hommes, que les «recommandations» de l’historien sont attendues «avant la fin de l’année» en cours.
Nomination qui intervient six jours après que le président Abdelmadjid Tebboune ait chargé le docteur Abdelmadjid Chikhi, Directeur général des Archives nationales, de représenter la partie algérienne quant à l’étude de l’Histoire coloniale «dans la vérité, la sérénité et l’apaisement». Le président Français a pour sa part souligné, dans la lettre de mission adressée à l’historien, qu’«il importe que l’histoire de la guerre d’Algérie soit connue et regardée avec lucidité. Il en va de l’apaisement et de la sérénité de ceux qu’elle a meurtris». Emmanuel Macron ajoute en ce sens à propos de sa démarche : «Je souhaite m’inscrire dans une volonté nouvelle de réconciliation des peuples français et algérien», «le sujet de la colonisation et de la guerre d’Algérie a trop longtemps entravé la construction entre nos deux pays d’un destin commun en Méditerranée». La mission confiée par l’Elysée a l’historien devra ainsi permettre «à Benjamin Stora de formuler librement des recommandations sur les prochaines étapes de ce travail de vérité et de mémoire».
Retour sur l’histoire commune de deux pays et sur ses points sensibles, qui devra aborder, selon les récentes déclarations du ministre des Affaires étrangères Sabri Boukadoum, des dossiers tels que les essais nucléaires dans le Sahara, la question des disparus après l’accord de cessez-le-feu ou encore la possibilité de restitution des archives algériennes conservées en France… L’Historien Benjamin Stora, qui avait salué, début juillet, la restitution des restes des 24 combattants comme «un geste» au travers duquel «la France redécouvre son histoire», a également expliqué jeudi dans un entretien à Radio France International (RFI), qu’il conserverait dans cette mission son «rôle» d’historien, en insistant sur le fait qu’«il n’est pas un représentant de l’Etat français». Benjamin Stora, largement connu comme l’un des spécialistes de la guerre d’Indépendance, appelle ainsi à parvenir à une histoire «qui soit celle des faits eux-mêmes et qui ne soit pas une histoire idéologisée en permanence, ou instrumentalisée en permanence». Il fait également savoir quant aux résultats et conséquences probables de la mission : «On ne peut jamais définitivement réconcilier des mémoires. Mais je crois qu’il faut avancer vers une relative paix des mémoires pour précisément affronter les défis de l’avenir, pour ne pas rester prisonniers tout le temps du passé parce que l’Algérie et la France ont besoin l’une de l’autre». n