Synthèse Salim Benour
Les négociations entre le gouvernement colombien et la guérilla de l’Armée de libération nationale (ELN) ont repris lundi 21 novembre 2022 dans la capitale du Venezuela, Caracas. Elles devraient durer « trois semaines » et réunissent une trentaine de personnes dont les délégués du président colombien Gustavo Petro, le premier président de gauche du pays, élu en août dernier, ceux de l’ELN ainsi que ceux du Mexique qui a annoncé sa participation aux pourparlers en tant que « pays garant » au même titre que Cuba, le Venezuela et la Norvège. Le gouvernement des Etats-Unis est lui aussi invité par Bogota et l’ELN à se joindre aux négociations de paix. Selon une déclaration lue vendredi par la représentante de la Norvège, « il a été convenu d’entreprendre des actions diplomatiques avec le gouvernement des Etats-Unis d’Amérique pour connaître sa volonté de participer à ce processus par le biais d’un envoyé spécial à la table de dialogue ».
Selon le texte, les discussions qui se déroulent dans « une ambiance de confiance et d’optimisme » ont conclu de mettre en place un mécanisme d’aide humanitaire, avec le soutien de l’ONU et de l’Eglise. Ces premiers échanges ont aussi débouché sur l’invitation de pays européens -Allemagne, Suisse et Espagne- comme « pays accompagnateurs », ainsi que du Brésil, du Chili et du Mexique comme « pays garants » du processus. Washington n’a pas encore confirmé une éventuelle participation aux négociations. « Pour le moment, nous continuons de dialoguer avec l’administration Petro pour mieux comprendre les projets visant une paix totale avec l’ELN, les dissidents des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie, ndlr) et d’autres organisations criminelles », a toutefois indiqué à l’AFP un porte-parole du Département d’Etat. « L’ELN reste désignée par la loi américaine comme une organisation terroriste étrangère », a-t-il ajouté. La guérilla, elle, s’est montrée critique envers la politique étrangère américaine vis-à-vis de la Colombie et de l’Amérique latine. Lundi, lors de l’ouverture des pourparlers, Pablo Beltran, le chef de la délégation de la guérilla, s’est montré critique envers les Etats-Unis après avoir été interrogé sur le sujet : «le rôle des Etats-Unis en Amérique latine a été néfaste pour les processus de paix. Plusieurs agences (américaines) s’étaient opposées à celui de 2016 ». « Nous espérons qu’ils seront de bons voisins, nous espérons qu’ils respecteront la décision et la volonté de paix des Colombiens », avait-il poursuivi, disant souhaiter un « changement dans la politique des Etats-Unis envers la Colombie ». « La guerre ratée contre la drogue dure depuis 50 ans et le problème ne cesse de s’aggraver (…). Les Etats-Unis ont été les protagonistes d’une doctrine de sécurité vieille de 70 ans qui considère que toute personne qui lutte pour le changement dans ces pays (Amérique latine) est considérée comme un ennemi intérieur », avait-il ajouté. Initié en 2017 à Cuba, le dialogue entre le pouvoir et l’ELN avait été interrompu par le président conservateur Ivan Duque (2018-2022) après un attentat à la voiture piégée en juin 2019 contre une école de police qui avait tué 22 personnes. Le gouvernement et l’ELN n’ont pas convenu d’un cessez-le-feu, mais se sont entendus en octobre pour « reprendre tous les accords et les progrès réalisés depuis la signature de l’agenda » du 30 mars 2016. Ces dernières semaines, les deux parties se sont données des « gages de confiance » avec, notamment, des libérations de prisonniers ou la baisse des opérations sur le terrain.
Après la suspension des pourparlers, les effectifs de l’ELN sont passés de 1 800 à 2 500 membres, selon les estimations officielles. L’organisation a une structure fédérée avec des porte-parole sur chaque front, ce qui, selon les experts, rend les négociations difficiles. Fondée en 1964 par des syndicalistes et des étudiants sympathisants d’Ernesto « Che » Guevara et de la révolution cubaine, l’ELN reste à ce jour la dernière guérilla constituée comme telle encore active en Colombie, alors que les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ont signé un accord de paix en 2016. n