Le programme de célébration officielle de Yennayer 2970, le Nouvel an berbère, dans la wilaya de Tipasa, s’est poursuivi par l’ouverture du colloque sous le titre
«Un symbole d’une identité retrouvée et un repère historique à valoriser».

L’ouverture des travaux qui, au lieu de commencer à 9h30 comme indiqué dans le programme, n’a démarré qu’à 11H, ce qui a exaspéré plus d’un invité. Ils considèrent que les mœurs devraient changer et ne pas attendre que les officiels daignent arriver.
Ces derniers, pour beaucoup, devraient plutôt donner l’exemple en respectant les horaires, quelles que soient leurs obligations.
A l’ouverture des travaux, la ministre de la Culture Malika Bendouda a indiqué que son département œuvrera, de concert avec le HCA et tous les acteurs concernés par la question, dont la famille universitaire, les chercheurs et les hommes de culture, à restituer à tamazight sa place naturelle. Après avoir rappelé que cette question est liée à notre existence et notre devenir marqués par des bouillonnements et des changements et doit être à la portée de tous. Elle ajoutera qu’elle plaidera pour que les identités arabe et amazighe soient réconciliées entre elles car, on ne peut concevoir tamazight en dehors de la maison Algérie qui réunit tout le monde depuis des siècles, avec les mêmes aspirations et rêves vers une Algérie nouvelle.

Réconcilier les identités arabe et amazighe
La ministre de la Culture a, par ailleurs, exprimé son inquiétude que la question de l’identité soit abordée par des parties en dehors du champ scientifique et académicien, et autres spécialistes du domaine, au vu des évolutions actuelles en cours en Algérie. Pour elle, la question de l’identité doit être prise en charge dans un esprit constructif pour la soustraire aux manipulations et éviter qu’elle devienne «Les identités meurtrières», citant le titre du livre de l’écrivain libanais Amine Maâlouf.
Les organisateurs du colloque ont, d’emblée, expliqué que la civilisation amazighe a, « dans toutes les périodes de son histoire millénaire, produit une culture fonctionnelle et structurante, qu’ils ont su tirer profit des savoir-faire de la civilisation romaine, florissante à l’époque, à laquelle ils ont emprunté le calendrier julien, comme point de départ à la construction d’un calendrier amazigh qui organise l’année suivant les rythmes des saisons, leur pratique agricole et leurs croyances existentielles». Ils ajoutent dans leur préambule que «les militants de l’amazighité des années 60/70 ont choisi l’événement qui a consacré l’intronisation de Shechonq 1er à la tête de la 22e dynastie pharaonique en 850 avant J.-C., comme date de départ du calendrier qui coïncide avec le 12 janvier de l’année grégorienne (instauré par le pape Grégoire 13 en 1582 à partir du calendrier julien de 45 avant J.-C.) ».
Pour eux, l’objectif de la rencontre est « de réhabiliter cette civilisation, de discuter de ces questions et de mettre en lumière les différentes facettes de cet événement, fêté avec faste à travers toute l’Algérie, mais reste, aussi, méconnu dans son essence socioculturelle, historique et symbolique ». Les axes de réflexion du colloque, dont les actes vont être publiés selon le secrétaire général du HCA, ont porté sur le calendrier agraire allant de l’empirisme traditionnel à une connaissance scientifique, sur ses aspects historique et mythologique, sur cette fête nationale multidimensionnelle, agraire, culinaire, culturelle, sur Yennayer, qui va de la sphère familiale à l’espace public et institutionnel, pour terminer sur l’institutionnalisation de Yennayer et ses retombées actuelles et futures, sans oublier le chantier qui attend les chercheurs sur cette question. Pour la première communicatrice, Louisa Gualleze, qui a remplacé le professeur Chemsedine Chitour, absent en raison de sa nomination dans le nouveau gouvernement, « autant Yennayer est une fête traditionnelle, marquant le début de l’année agraire, autant c’est une tradition millénaire de notre société ». Et associer cette fête à un événement militaire, à savoir la victoire de Shechonq 1er et son intronisation en Egypte, est une idée qu’elle conteste. Elle lui préfère de loin la légende de Lâadjouze « la vieille » racontée aux enfants pour les faire obéir au lieu de l’événement militaire du roi berbère.
Yennayer, cette fête transmise par les anciens, comporte un ensemble de mythes, de leçons et de valeurs de la vie quotidienne, constitue le socle commun des valeurs ancestrales de convivialité, de partage, de générosité, de solidarité et du vivre ensemble, véhiculés par la tradition, centrée sur le respect de la terre et orientée vers la connaissance scientifique en rapport avec la dimension historique».
De son côté, le secrétaire général du HCA considère Yennayer comme « un repère à la fois spatial et temporel, qui marque la profondeur de notre histoire et de notre patrimoine culturel ». Il a expliqué que « sur le plan patrimonial, cette fête célèbre la terre nourricière et le respect qui lui est dû, en valorisant ce rapport charnel entre l’homme et la terre dans ses différents aspects» qui «doivent être réinvestis dans des perspectives éducatives et de formation à travers l’école ».

Long processus d’un combat pacifique
Tous ont été unanimes à dire que la consécration de Yennayer, fête nationale et officielle, qui a suivi la reconnaissance de tamazight en tant que langue nationale et officielle, est le fruit d’un long processus d’un combat pacifique, conjugué aux efforts de l’Etat pour conforter les fondements et constantes de la nation, que sont l’islam, l’arabité et l’amazighité.
Plusieurs thèmes ayant trait à l’histoire, aux calendriers des peuples anciens, au patrimoine matériel et immatériel, à la cohabitation, à l’identité, aux manuscrits, aux traditions et coutumes, à l’histoire des Amazigh de la région de Tipasa ont été décortiqués durant le colloque.
Animée par des académiciens, à l’instar du professeur Mohamed El Hadi Harech, la chercheuse Louisa Galleze, l’expert en archéologie Mahfoudh Ferroukhi, l’ex-ministre Boudjemaâ Haïchour ainsi que les professeurs universitaires Abdennacer Guedjiba, Djamel Eddine Mechehed, Youcef Nacib, Toufik Aouni, Mohamed Serridj et Salem Ben Zayed, sans oublier les modérateurs de Tlemcen, Timimoune, Tébessa et du ministère de l’Education nationale, la manifestation s’est clôturée par l’adoption des recommandations qui seront publiées prochainement sous forme d’actes du colloque. Pour les communicateurs, la promotion de la langue amazigh, à travers des débats sereins, loin de toute démagogie, politique et confusion, est nécessaire et va dans le sens du travail du HCA qui œuvre en vue de la promotion de toutes les variantes de la langue amazigh, à travers le pays, notamment par la généralisation de son enseignement, et la tenue de colloques scientifiques.
Il faut rappeler qu’en marge de cette manifestation, il a été procédé à l’installation de la commission de wilaya du patrimoine immatériel qui lance un travail de recherche et de collecte d’informations sur le genre musical «Daynane» de la région du Chenoua. De même qu’il a été procédé à la signature d’une convention de coopération entre l’Entreprise publique de télévision (EPTV) et le Haut-commissariat à l’amazighité (HCA) et à l’installation de la première promotion de journalistes activant en tamazight.
Les festivités officielles se poursuivront jusqu’à mercredi avec des activités dédiées aux jeunes, qui auront lieu au niveau de la bibliothèque de lecture publique de Tipasa et autres activités artistiques dans la Maison de la culture de la wilaya située à Koléa.