«Mouloud Mammeri, une œuvre multiforme et polyphonique» est le thème du colloque international, qu’organise depuis hier, 3 décembre, et ce, jusqu’au 5 du même mois, la faculté des lettres et des langues de l’université Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou.

Cette rencontre scientifique, qui entre dans le cadre de la célébration du centenaire de la naissance de l’auteur de «la Colline oubliée», est l’occasion pour les universitaires invités à communiquer d’interroger l’esthétique globale de l’oeuvre «mammérienne» en mettant en perspective les voix multiples et polyphoniques qui sont mises en mouvement dans ses écrits, qu’ils soient romanesques et de réflexion (essais) sur la société, la culture et la langue de l’Algérie des origines. Une œuvre qui, expliquent les organisateurs dans l’exposé des motifs de cette rencontre, porte l’empreinte de l’engagement de l’écrivain et de l’intellectuel qu’était Mouloud Mammeri. «L’engagement de Mouloud Mammeri s’exprime par la «présence totale de l’écrivain à la littérature», mais aussi à la culture algérienne et essentiellement à la culture berbère. Sans être une exception, le cas de Mouloud Mammeri est, cependant, éloquent, car il se présente simultanément comme essayiste, romancier, dramaturge, nouvelliste, anthropologue, critique, chercheur, linguiste. Multiples et extrêmement variées, ses activités n’en obéissent pas moins à une cohérence interne, qui est la permanence du projet initial : l’engagement de sortir les siens du silence pour les faire accéder à l’Histoire (…) C’est-à-dire, en définitive, révéler cette société à elle-même et à l’informer, au sens de lui donner forme.» Analyser l’essai inaugural «La société berbère» et voir dans quelle mesure il constitue le projet fondateur de Mouloud Mammeri ; interroger les thématiques de ses œuvres romanesques à la lumière des nouvelles critiques et voir en quoi elles constituent des thématiques d’actualité ; mettre en lumière la guerre d’indépendance 1954-1962 dans ses romans mammériens ; entrecroiser les romans et les récits brefs en vue d’établir des liens entre eux et de dégager les correspondances possibles ; s’interroger sur la multiplicité des genres empruntés par l’écrivain et élucider les motivations qui sous-tendent une telle migration générique ; établir les liens entre l’œuvre romanesque et la quête anthropologique en vue d’évaluer le résonnances et les échos qu’elles entretiennent ; s’intéresser à la mise en représentation de l’«intellectuel», à ses définitions dans l’œuvre romanesque et aux dérivations/évolutions de cette figure dans les récits brefs : nouvelles, pièces de théâtre, sortie(s), étudier l’apport de l’auteur de «la Colline oubliée» dans le passage de la kabylité à la renaissance de tamazgha ; étudier l’œuvre «mammérienne» à la lumière des études culturelles et postcoloniales, s’intéresser à l’apport de Mammeri d’un point de vue local et universel (l’humanisme chez Mammeri) ; voir la trans-inter-culturalité dans les œuvres de Mammeri ; étudier le multilinguisme et la traduction chez Mouloud Mammeri et, enfin, mettre en exergue l’apport de Mammeri dans l’élaboration d’une grammaire et d’un lexique berbères et faire ressortir son apport dans le processus de la standardisation et de la notation du berbère sont les axes de réflexion sur lesquels s’élaborent la problématique du colloque.