Le premier groupe d’experts algériens formés dans le cadre du programme CapDel, 80 personnes au total, a reçu jeudi dernier ses diplômes. Ils pourront ainsi aller, à leur tour, former les cadres communaux, les élus, les associations et les acteurs économiques.

Ce programme tripartite, qui implique le département de l’Intérieur et des Collectivités locales, l’Union européenne et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), a été conçu pour cibler, dans un premier temps, dix «communes pilotes» choisies pour leur représentativité de la «richesse et la diversité du territoire national».
Assuré par des experts du consortium Niska-Global Shift Institute (Canada) et du réseau italien des collectivités Felcos-Umbria, il sera appliqué à partir du mois de juin prochain dans les communes choisies pour initier leurs responsables à de nouvelles formes de planification et de gestion de leurs ressources respectives et parvenir à un développement local durable.
Sur le papier, le programme CapDel représente ce qu’il y a de mieux en matière de coopération entre l’Algérie et ses partenaires, notamment ceux de l’Union européenne et des Nations unies, sur les questions de développement local et des territoires. Il s’agit de les aborder au niveau des communes pour les rendre plus gérables à l’échelle du territoire national en initiant à des domaines souvent négligés ou pas assez pris en charge par des agents et des élus communaux sans connaissance des enjeux, afin mieux connaître les ressources naturelles et économiques disponibles et comment les gérer de façon à ce qu’elles ne soient pas gaspillées et pour qu’elles servent aux générations futures.
Sur le terrain, ce sera certainement un véritable test ! Et tout dépendra des experts, qui ont reçu leur qualification jeudi dernier, à s’insérer dans le dispositif de gestion actuel des dix communes choisies et réussir à motiver le personnel concerné aux bienfaits d’une «gestion participative» orientée vers l’agent économique local et le mouvement associatif, qui doivent être associés aux choix des projets de développement à retenir et à concrétiser.
Un vrai pari en somme ! Il consiste à convaincre des cadres communaux, habitués depuis des décennies à ne fonctionner que dans une logique verticale et ne rendant compte qu’au Centre – c’est-à-dire au ministère de l’Intérieur -, ainsi que des élus jaloux de leurs prérogatives politiques et soucieux d’être avant tout en accord avec leurs électeurs, même si ces derniers ne sont pas toujours en phase avec les nécessités de la gestion du territoire communal. Il en est de même pour les représentants dits de la société civile. Longtemps en retrait ou marginalisés, il va falloir développer des efforts importants pour les inciter et surtout les convaincre de s’engager dans les affaires de la commune et parvenir à travailler avec les autres parties concernées.

Un processus qui prendra du temps
Ainsi, les responsables et représentants du Pnud, présents à la cérémonie de sortie de promotion, ont eu raison de souligner que « les formations de formateurs représentent une étape majeure dans la mise en œuvre du programme CapDel».
Au cours des sessions de formation qu’ils ont reçues, les experts algériens ont été initiés entre autres « à la planification stratégique, au diagnostic territorial participatif, à l’identification des axes prioritaires de développement de la commune et la définition des objectifs ». Pour sa part, le représentant de l’Union européenne, Stéphane Mechati, a mis l’accent sur la nécessité d’associer le citoyen au niveau local et central, en rappelant que ce processus va prendre beaucoup de temps.
Il a pris l’exemple de l’Europe, où cette expérience a pris des générations. Il a insisté sur le fait que l’UE est là pour partager l’expérience et non « pour donner des leçons ».
Le directeur national du projet CapDel au ministère de l’Intérieur, Mohamed Dahmani, a précisé que cette session de formation, qui a duré plus de trois semaines, du 22 avril au 9 mai, « est une expérience humaine avant d’être une expérience technique. Elle a permis aux citoyens de se rencontrer et d’échanger les expériences et les opinions autour d’un contenu de formation important ».
A titre de rappel, les communes pilotes sont El Khroub (Constantine), Timimoun (Adrar), Beni Maouche (Béjaïa), Ghazaouet (Tlemcen), Djemila (Sétif), Djanet (lllizi), Babar (Khenchela), Ouled Ben Abdelkader (Chlef), Tigzirt (Tizi Ouzou) et Messaâd (Djelfa). Elles sont identifiées pour être « représentatives de différentes priorités, de la diversité typologique et des spécificités géographiques, démographiques, culturelles, sociales, économiques et écologiques des communes en Algérie ».