Le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales semble donner une explication au dernier mouvement que le chef de l’Etat a opéré au sein du corps des walis. Il découle du «grand intérêt» qu’«accorde» le président de la République «à la gestion de la chose publique au niveau local», a-t-il dit, lors de sa visite de terrain à Alger qui s’apprête à recevoir au début du mois de novembre prochain le Sommet de la Ligue arabe.

Par Lyes Sakhi
La déclaration de Brahim Merad est à mettre en relation avec son ancien statut de chef de la Médiature de la République et du rôle de quasi ministre, qu’il a occupé pendant près de deux ans à courir dans les régions du pays et à faire la course aux obstacles bureaucratiques que lui signalaient les opérateurs et les investisseurs de tous bords. Notamment, en ce qui concerne les questions d’accès au foncier industriel et la difficulté des relations avec l’autorité à l’échelle des wilayas.
Pendant son ancien mandat de Médiateur, qu’il a commencé en mai 2021 en succédant à Karim Younès (février 2020-mai 2021), qui avait lui-même alerté sur les dysfonctionnements constatés au niveau de l’administration locale, M. Merad fournissait des chiffres qui, s’ils attestent de ses performances d’Ombudsman à libérer des tiroirs de la bureaucratie domestique des projets d’investissement en souffrance depuis des années, renseignaient par la même occasion sur les défaillances des collectivités locales à réagir correctement aux enjeux de développement qu’ils ont à gérer en tant que démembrements exécutifs de l’Etat et du gouvernement.
Ce rappel inviterait à un débat sur le bilan de l’ancien ministre du secteur, aujourd’hui aux Transports, a relevé un observateur, selon qui le nombre de walis touchés par le mouvement opéré par M. Tebboune et remerciés, est cependant «suffisamment parlant». «Les changements ont touché vingt-six wilayas et trois circonscriptions administratives (wilayas déléguées)», a rappelé à ce sujet, hier le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales. Il s’agit «d’insuffler un nouvel élan et de conférer une plus grande dynamique à la gestion locale», a souligné Brahim Merad.
Aux nouveaux walis et walis délégués, il a rappelé qu’ils sont «les représentants de l’Etat au niveau local et les premiers concernés aux côtés des élus locaux par la gestion des structures publiques». Ils sont appelés, a-t-il ajouté, à «cristalliser les réformes initiées par le président de la République» et à «poursuivre la levée des obstacles bureaucratiques, notamment celles liées aux projets d’investissement, tout en veillant à l’application des mesures prises pour l’amélioration du climat d’investissement au niveau local».
La sortie du ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales intervient au moment où de nombreux acteurs politiques, patronaux et associatifs multiplient, en cette période de rentrée sociale, les appels à relancer la machine du développement économique et socio-économique, non sans s’inquiéter de ce qu’ils considèrent, chacun selon sa formulation propre, comme un constat de menace d’apathie sur le terrain, alors que le pays entier est en attente de la «transformation» concrète des mesures politiques et législatives adoptées récemment en matière de réformes économiques et d’incitation à l’activité d’entreprise. A mi-mandat ou presque, le président de la République n’a pas encore concrétisé les «54 engagements» annoncés lors de sa campagne électorale. Leur concrétisation, a semblé dire le ministre de l’Intérieur, M. Merad, dépend de «l’action des pouvoirs publics» à l’échelle des collectivités locales et de l’action de leur pouvoir à «s’enquérir de l’état du développement local et des préoccupations des citoyens».
Pour mémoire, le chef de l’Etat, depuis qu’il est aux affaires, n’a pas cessé d’aborder la question de la bureaucratie affirmant récemment qu’elle est «ancrée dans les mentalités» et «l’Etat punira tous ceux qui (…) entravent le fonctionnement normal de l’administration». Fin juillet, le dossier a été abordé lors d’une journée d’étude organisée à l’Ecole nationale d’administration (ENA). «L’administration est l’otage de son management archaïque», avaient conclu les participants qui avaient recommandé «la modernisation par la numérisation» et le changement de «mode de management». n