Par Leila ZAIMI
Les membres du Comité algérien contre la torture et les conditions carcérales inhumaines (CACTCII), un collectif qui s’est créé au lendemain de l’affaire Nekkiche, et des avocats chargés de défendre des détenus du Hirak, se sont réunis, jeudi après-midi, au siège du Mouvement démocratique et social (MDS) au Télemly (Alger). Au menu de cette rencontre, le point sur les arrestations qui ont eu lieu ces derniers temps, notamment dans les rangs des militants du mouvement populaire. Pour les avocats, « l’explication à cette vague d’arrestations est, comme de coutume, l’approche des échéances législatives et locales ». Ces derniers relèvent qu’«avant le 12 décembre 2019, date de l’élection présidentielle, nous avions vécu de larges vagues d’arrestation et de détentions » et « aujourd’hui, le même scénario se répète ». « La répression s’est banalisée et élargie à tous les niveaux », a-t-on déploré. « En 20 jours, nous avons assisté à 25 mandats de dépôt », « une première » sur ce registre. Le militant et avocat Abdelghani Badi a pointé du doigt « la violation des lois ainsi que l’instrumentalisation de l’appareil judiciaire à des fins politiques ». Il regrette ce qu’endurent les détenus et leurs familles en ce mois de jeûne. « Ces jeunes sont incarcérés pour leur opinion et leurs positions politiques. Pour avoir manifesté. Du point de vue constitutionnel, c’est totalement illégal », insiste Maître Badi, avant d’aborder le cas du président de l’Association SOS Culture Bab El Oued, emprisonné, lui aussi, depuis quelques jours. « Ce militant et membre de la société civile n’a fait que son devoir. Il œuvre pour sauver les jeunes des fléaux sociaux », dira l’avocat. Abondant dans le même sens que son confrère, Maître Saïd Zahi évoquera « le fossé qui existe entre le texte juridique et la réalité ». « En novembre passé, nous avons assisté au vote sur une Constitution dont le contenu garantit tous les droits et libertés. Mais, sur le terrain, nous assistons à une évolution totalement différente de la situation », notera-t-il.
Pour sa part, Maître Mustapha Bouchachi a versé son discours au compte de l’avenir du Hirak. Faisant étalage d’optimisme, le défenseur des droits de l’Homme dira que « le Hirak est le mouvement qui a rendu espoir aux Algériens ». C’est pourquoi « il faut garder l’espoir, car les objectifs sont multiples », lancera-t-il.
Il ne manquera pas, cependant, de revenir sur la souffrance des détenus dans les prisons, notamment ceux qui sont en grève de la faim depuis plusieurs jours. « La grève de la faim est un cri très fort contre l’injustice et l’arbitraire. Certains grévistes parmi les détenus ont perdu jusqu’à 13 kilos et sont dans un état de santé critique», prévient-il. <