Après le choc qui a frappé le secteur de l’audiovisuel et du cinéma, suite au décès du réalisateur et producteur Youcef Goucem, qui a succombé à ses brûlures après s’être immolé devant le siège de Dzaïr TV, le Collectif pour le renouveau du cinéma (CRAC) a entamé, cette semaine, une série d’actions avec notamment la publication sur leur page officielle d’une lettre ouverte et d’un appel à contribution aux professionnels pour l’élaboration d’une plateforme qui participerait à dresser un état des lieux pratique de l’activité cinématographique et audiovisuelle.

Dans cet appel à contribution, publié le 4 février dernier sur la page officielle du groupe, le collectif invite les professionnels du secteur à bien vouloir contribuer à l’enrichissement de son contenu par l’envoi de leurs contributions (revendications/propositions), en vue de leur recensement et synthèse. Il est précisée que les thématiques en cours de traitement sont notamment, la transparence (rapport des professionnels aux instances/institutions en charge du cinéma et de l’audiovisuel, (FDATIC, CNCA, CAC, CADC, CNAL, ONDA, EPTV, ONDA, Télevisions privées), les formations, les financements, la diffusion (ONCI, Oref, réseaux des salles de cinéma, cinéclubs, etc., diffusion contenu audiovisuel algérien, etc.), la structuration des métiers du cinéma et de l’audiovisuel (lois, carte de l’artiste, regroupements syndicaux, associations, etc.) ainsi que d’autre thématiques ayant trait à ce secteur.
«Un SOS que nul ne peut prétendre ignorer »
Le CRAC avait également publié la veille, soit le 3 février passé, sur sa page officielle une lettre ouverte aux professionnels du cinéma et de l’audiovisuel, ainsi qu’aux autorités compétentes. Dans cette lettre ouverte, le collectif a évoqué le décès de Youcef Goucem, en rappelant que le producteur s’était immolé au siège de la chaîne Dzaïr TV après des mois de lutte pour récupérer son dû et pouvoir enfin payer son équipe et s’acquitter de ses dettes. Le collectif souligne ainsi, dans cette lettre, que «notre confrère s’est brûlé pour rendre visible à des yeux aveugles, l’irresponsabilité et le chaos qui ont fini par gangrener le milieu audiovisuel. Son geste sacrificiel est un signal d’alarme, un SOS que nul ne peut prétendre ignorer ». Ainsi, les membres du CRAC «saisissent l’urgence et la gravité de la situation pour lancer un appel à la mobilisation, à l’implication et à l’engagement de tous les métiers du cinéma et de l’audiovisuel, afin de prendre en charge l’assainissement de nos propres conditions de travail». De même, dans la perspective d’établir un dialogue constructif avec les autorités en charge du secteur, le collectif, invite les ministères de la Communication et de la Culture à «exercer le rôle de tutelle qui est le leur, à assumer leurs responsabilités entières et à être les régulateurs impartiaux, garantissant l’ordre éthique et de déontologie dans leurs secteurs respectifs ». Parmi les points mis en exergue dans cette lettre ouverte, le CRAC appelle, notamment à l’implication des autorités pour la régulation et/ou la mise aux normes des contrats régissant l’acquisition des contenus audiovisuels et leur diffusion, par la régulation du développement anarchique du marché publicitaire national au profit des chaînes de télévision privées. Le CRAC lance aussi un appel pour un contrôle actif des pratiques commerciales, visant à empêcher toute tentative d’abus et de position dominante, de la part des diffuseurs, vis-à-vis des producteurs pourvoyeurs de contenus audiovisuels et par le renforcement des prérogatives des institutions de contrôle et de régulation, leur permettant l’accomplissement effectif des missions qui leur sont attribuées dans le cadre de la loi et aussi par l’octroi d’un pouvoir de sanctions efficace contre toutes pratiques déloyales. Le collectif souligne qu’aujourd’hui, il n’est plus possible de justifier l’impuissance des autorités sous prétexte que « les chaînes de télévision privées « ne sont pas de droit algérien» étant donné que ces télévisions «émettent à partir et sur le territoire national». Pour rappel, le Collectif pour un renouveau algérien du cinéma (CRAC), tel que l’expliquent ses fondateurs, est né dans un contexte difficile où la profession se retrouve fragilisée par « une gestion chaotique du secteur et prise en otage par des facteurs externes liés à l’émergence de nouveaux acteurs », notamment des chaînes de télévision privées, qui agissent souvent de « manière non régulée », mettant ainsi plus de professionnel dans des situations insoutenables, « le cas de notre regretté Youcef Goucem l’a tristement démontré». Dans ce contexte fragilisé, le collectif tente de lancer cette initiative qui se veut fédératrice, pour dire que le temps est venu pour que les professionnels s’organisent, s’identifient et définissent leurs priorités, dans le but de questionner et de proposer des alternatives aux problématiques liées aux lois et aux pratiques qui régissent encore la profession. Il est également précisé que le collectif est une entité indépendante qui se donne pour but de lancer les fondements d’une charte qui rassemble les professionnels du secteur autour des mêmes objectifs et des mêmes préoccupations.