Le Symposium international de la place financière algérienne a débuté, hier, au Palais des expositions d’Alger. Une opportunité pour les acteurs de la finance nationale de faire le point sur le contexte actuel du secteur en quête de nouvelles ressources financières, notamment à travers la réduction de la part de l’informel.

Le Symposium international de la place financière algérienne intervient à l’heure où il s’agit pour les pouvoirs publics de «compléter et renforcer la panoplie des instruments classiques déjà existants», selon le ministre des Finances, Abderrahmane Raouya, qui a inauguré la rencontre qui se déroule du 3 au 5 avril.
«Conscient de l’importance des enjeux de l’inclusion financière, le gouvernement a entrepris des réformes qui se veulent une réponse concrète au besoin des acteurs financiers», a rappelé M. Raouya, expliquant que la mobilisation de l’épargne doit être entreprise avec «les outils les plus variés» et en œuvrant, par le même biais, à lutter contre l’informel.
Ainsi, le ministre a une nouvelle fois invité les banques à « innover » en développant de nouveaux instruments pour mobiliser l’épargne, notamment celle se trouvant en dehors du circuit bancaire, afin de faire face à une conjoncture marquée par la rareté de la ressource, face à une demande interne croissante.
« On s’attelle actuellement à préparer les conditions légales et réglementaires de nature à permettre le développement de nouveaux instruments financiers », a-t-il dit en présence de responsables de banques publiques et privées, de compagnies d’assurance et d’experts.
Cependant, et malgré l’introduction progressive des différents outils notamment de la finance alternative, Mohamed Loukal, le Gouverneur de la Banque d’Algérie (BA), a estimé que «l’inclusion financière a été quelque peu timide». «Le système bancaire s’est enfermé et s’est complu dans une situation qui l’a amené à développer du zèle sur la loi anti-blanchiment», a-t-il observé. Expliquant que cela a conduit les établissements bancaires à aller à l’encontre du processus de collecte des ressources hors circuit. «Nous avons alors dressé une frontière imperméable entre la collecte de la ressource, qui est du ressort des banques, et le renseignement financier qui est du ressort d’autres instances», a indiqué Mohamed Loukal, invitant les banques à «plus d’agressivité commerciale» de façon à récolter un maximum de la masse fiduciaire qui se trouve hors circuit bancaire.

4 780 milliards hors circuit à récupérer
À ce propos, le Gouverneur de la Banque d’Algérie a rappelé le volume de la masse monétaire en circulation, qui est de l’ordre de 14 000 milliards de dinars, «dont 4 780 milliards qui n’intègrent pas le circuit formel» et 1 500 à 2 000 milliards sont thésaurisés. Pour capter cette masse, l’intervenant a insisté sur la nécessité de développer des instruments modernes et travailler à une bancarisation plus importante. «La politique monétaire sera plus dure et va contraindre les banques à choisir entre le refinancement onéreux et le recours à une ressource à des coûts moindres avec la bancarisation», a-t-il estimé. Par ailleurs, le gouverneur de la Banque d’Algérie est revenu sur ce qu’il a décrit comme «un emballement» ces jours derniers, qui a considéré que la Banque d’Algérie «a fait machine arrière» sur la finance alternative. «La Banque d’Algérie a les pieds dans cette finance alternative», a tenu à rassurer M. Loukal. «Il n’y a pas nécessité de changer la loi sur la monnaie et le crédit. Cependant, les banques qui vont ouvrir une fenêtre doivent dédier une organisation spécifique à ces produits», a-t-il affirmé. Il appelle les représentants d’établissements financiers à assurer «l’imperméabilité totale» entre les produits conventionnels et ceux alternatifs afin d’assurer le succès du recours à la finance alternative. Concernant les instruments modernes à développer par les banques et assurances, afin d’offrir plus de services et lutter contre la finance informelle, il s’agit pour Abderrahmane Benkhalfa, organisateur du Symposium, «d’élargir le périmètre des transactions à distance et surtout investir dans la confiance et l’image du système financier». D’autre part, l’ancien ministre des Finances a indiqué que la rencontre n’est pas dédiée uniquement aux professionnels. «C’est une tribune ouverte de dialogue entre étudiants, clients, usagers et partenaires», a-t-il assuré, regrettant l’absence à l’événement d’un nombre important de banques privées qui auraient dû être au rendez-vous au même titre que les représentants des institutions publiques. «Les banques privées ne doivent pas être seulement des acteurs du marché. Le réseau postal est également absent alors qu’il s’agit d’un partenaire du paiement électronique », a-t-il estimé. Pour sa part, le président de l’Association des banques et établissements financiers (ABEF), Boualem Djebbar, a fait savoir que les banques étaient fin prêtes pour se lancer dans les produits dits alternatifs « dans les plus brefs délais ».
Il indiquera que le volume des crédits à l’économie est de plus de 8800 milliards de dinars en 2017, en hausse de 12% par rapport à 2016 et que les crédits à la consommation ne dépassaient pas 5% du total des crédits accordés aux privés, estimés à 500 milliards de dinars en 2017.
À noter que les trois thématiques majeures de la rencontre portent sur l’élargissement du périmètre de la bancarisation en intégrant les produits de la finance participative islamique, l’expansion du marché des assurances et enfin la modernisation technologique, notamment celle du paiement à distance.