Ce mois de décembre sera indéniablement marqué par les mouvements de protestation des syndicat de la santé avec l’annonce, hier, de la Coalition nationale des syndicats de la santé (CNSS) regroupant huit syndicats des différents corps de santé publique, d’une journée de protestation à travers tout le territoire nationale le 7 décembre «afin d’interpeller les pouvoirs publics sur l’urgence de prendre en charge leurs revendications», a fait savoir le coordinateur de la CNSS, Salah Laouar Abdelhamid, également président du Syndicat national des médecins généralistes de santé publique (SNMGSP).

Par Sihem Bounabi
Il ajoute qu’«en raison de la crise profonde de la situation particulière que traverse le secteur de la santé, les problèmes socioprofessionnels que rencontrent les professionnels de la santé quotidiennement ainsi que la tension palpable que vivent les travailleurs, les syndicats de la santé, regroupés dans la Coalition nationale des syndicats de la santé (CNSS) alertent sur l’urgence absolue à trouver des solutions à leurs revendications».
Ainsi, c’est sous la bannière de la coalition que le Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique (SNPSSP), le Syndicat national des médecins généralistes de santé publique (SNMGSP), le Syndicat national des professeurs de l’enseignement paramédical (SNPEP), le Syndicat autonome des biologistes de la santé publique (SABSP), le Syndicat des infirmiers algériens (SIA), le Syndicat autonome des auxiliaires médicaux en anesthésie et réanimation de santé publique (SNAAMARSP), le Syndicat autonome des sage-femmes algériennes de santé publique (SNASFASP), le Syndicat national algérien des psychologues (Snapsy) unissent leurs forces pour faire valoir leurs revendications communes.
Dans la liste des revendications, la CNSS demande «une augmentation substantielle des salaires pour faire face à l’importante érosion du pouvoir d’achat et à une inflation non maîtrisée, et ceci par l’application des mesures annoncées par Monsieur le Président de la République en faveur des travailleurs, avec revalorisation substantielle du point indiciaire et l’accélération de la révision des statuts particuliers des différents corps de la santé des régimes indemnitaires y afférent. Par ailleurs, la CNSS demande également dans le cadre de la concrétisation des mesures annoncées par le Président de la République, l’accélération de la mise en place de l’assurance globale (100%) accordée par le Président de la République au profit des travailleurs de la santé, de l’application de la bonification de l’âge de départ à la retraite en fonction des années travaillées dans la Covid-19 et du capital décès au profit des familles des travailleurs décédés dans l’exercice de leur fonction. Il s’agit, également, de l’accélération du versement de la 4e tranche de la «prime Covid» pour les travailleurs qui ne l’ont pas encore reçu, et des 5e, 6e , 7e et 8e tranches «dans les plus brefs délais et de mettre les mécanismes nécessaires pour le versement régulier de cette prime». La CNSS demande également l’amélioration des conditions de travail ainsi que les conditions de sécurité des travailleurs de la santé.

Deux poids, deux mesures
Concernant l’activité syndicale, les représentants des syndicats témoignent de plusieurs dépassements des responsables des établissement hospitaliers et de la Direction de la santé malgré les instructions du ministère de la Santé. La CNSS lance un appel pour la levée de toutes les entraves à l’activité syndicale et l’application des instructions relatives au dialogue social du président de la République. Un appel est également lancé afin de mettre fin à la politique «des deux poids deux mesures» en ignorant les préoccupations des professionnels représentés dans la CNSS, qui se retrouvent «étrangers dans leur propre ministère».
Par ailleurs, la CNSS annonce la création de la Fédération nationale des syndicats de la santé regroupant les huit syndicats membres et dont le dossier sera déposé prochainement au niveau du ministère du Travail. A ce propos, Dr Mohamed Yousfi, président du SNPSSP, souligne que «la création de la fondation est quelque chose de très important que l’on attend depuis des années. C’est l’outil réglementaire car avant, on travaillait en tant qu’intersyndicale, ce qui n’est pas reconnu d’un point de vue réglementaire, d’où le fait que cette fédération est très importante d’autant plus qu’elle est constituée des différents corps de la santé».
A propos de la politique de deux poids deux mesures, dénoncée par la Coalition de la santé, Dr Mohamed Yousfi explique qu’«il y a des syndicats de la santé qui sont reçus et d’autres qui ne le sont pas. Et surtout, il y a une intersyndicale qui a été reçue et notre coalition, qui regroupe un nombre plus important de syndicats, et après avoir déposé une demande d’audience le 7 novembre dernier, et n’a toujours pas été reçue alors que nous voulions exposer nos revendications et exprimer notre position dans le cadre du dialogue». «On dénonce cette situation, d’autant plus que le Président de la République a appelé à plusieurs reprises au dialogue, mais le constat est qu’aujourd’hui, on se retrouve étrangers à notre propre tutelle, qui gère les intérêts de certaines corporations en ignorant d’autres. Et c’est un constat d’échec total».
Par ailleurs, concernant le boycott des syndicats de la santé des assises lancées par le ministère de la Santé, Dr Mohamed Yousfi souligne : «On est tout à fait d’accord pour la réforme du système de santé et on attend cela depuis plus de vingt ans. Mais là où on diffère en termes de méthodologie, c’est que, tel que nous l’avons souligné au ministre de la Santé, nous avons les outils pour la mise en place de cette réforme tout de suite, on n’a pas besoin d’autres rencontres. On a déjà fait cela en 2014.»
Il renforce ces propos en soulignant : «On a une loi sanitaire de 2018 qui attend seulement les textes d’application depuis près de quatre ans. On a une carte sanitaire depuis 2015, qui demande à être appliquée et on a une réforme hospitalière qui a été validée par le Conseil des ministres au mois de mai 2021. De ce fait, nous ne voyons pas l’intérêt d’aller dans les rencontres pour perdre du temps. C’est pour cela que l’on a boycotté les rencontres régionales. Et on ne compte pas aller aux rencontres nationales du moment qu’il n’y a aucun changement dans l’attitude du ministère de la Santé.
Tout ce que l’on demande, c’est appliquer rapidement ces textes et tous les outils que vous avez et qui n’ont pas besoin d’être actualisés, sauf s’il y a une remise en question de la loi sanitaire !»
Finalement, il déclare à propos de cette journée de protestation du 7 décembre prochain que «c’est pour crier notre désarroi et notre non-acceptation de cette situation dans laquelle se trouvent les travailleurs de la santé publique. Il s’agit aussi de dire que l’on est partie prenante dans tout ce qui est système de santé. On est la colonne vertébrale du système de santé en tant que ressource humaine et il faut nous écouter pour que nos propositions puissent être prises en charge et que l’on puisse enfin avancer pour l’intérêt de tous».