Par Feriel Nourine
Débarrasser le climat des affaires en Algérie de l’austérité qu’il dégage à l’encontre des opérateurs économiques est une mission qui passe, inévitablement, par l’amélioration de l’environnement social, politique, technologique et administratif. Pour être captés, les investissements locaux et étrangers ont, en effet, besoin d’une telle démarche en guise de rupture avec des pratiques qui n’ont que trop duré, au détriment de richesses locales réduites à leur expression d’opportunités qui n’arrivent que dans de très rares cas à franchir le cap de la productivité industrielle et ses dividendes économiques.
C’est dans cette logique que le gouvernement semble inscrire ses priorités, en affichant une détermination explicite à faire bouger les choses pour insuffler au climat des affaires un nouveau souffle, à travers des mécanismes qui le rendraient attractif pour les opérateurs économiques. Lesquels sont contenus dans un nouveau code d’investissements en voie d’être mis en pratique, avec objectif principal de réconcilier les opérateurs économiques, de divers secteurs, et l’acte d’investir et de créer de la richesse. Ces derniers se relaient depuis des années pour crier leur douleur face à des mécanismes qui font subir à cet acte le parcours du combattant qui, dans la meilleure des issues, les fait tourner en rond sans jamais les mener vers une issue.
Ces opérateurs, mais aussi les experts économiques, des gens de la presse, des ministres ou autres hauts responsables de la sphère économique n’ont eu de cesse de dénoncer les blocages qui balisent le processus d’investissement à travers un code qui sert plus à dissuader qu’à persuader d’aller vers la création d’une entreprise économique. Dans un climat carrément néfaste pour l’investissement, les mécanismes et les mesures mis en place pour accompagner les projets ont montré leurs limites, sous la houlette d’organismes qui comptent des centaines et des centaines de projets inscrits, dont de nombreux aptes à démarrer, attendent désespérément l’autorisation de le faire.
Parmi ces organismes, le Conseil national de l’investissement (CNI) ou encore l’Agence nationale de développement de l’investissement (ANDI) ont souvent failli à leur mission qui est celle de favoriser au maximum l’investissement. Elles l’ont plutôt bloqué après avoir été récupérées par des lobbys qui ont érigé la bureaucratie en armes, permettant de détourner des sommes colossales dans les plus grands projets qui ont marqué au moins les deux dernières décennies. Les dossiers en justice, les procès et les peines infligées aux plus hautes autorités du pays pendant cette période n’ont pas lieu sans que le CNI et l’ANDI ne soient régulièrement cités comme partie prenante dans ces scandales de corruption.
Il y a une dizaine de jours, le CNI a été de nouveau cité en sa qualité de conseil qui ne rend aucun service au climat d’affaires du pays. C’est le Premier ministre, ministre des Finances, qui s’est chargé de dénoncer cette situation en levant le voile sur le nombre ahurissant de projets d’investissements en souffrance, dans l’attente d’examen par cette instance placée sous l’autorité du Premier ministre. Plusieurs ministères siègent dans ce Conseil, à savoir l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, les Finances, l’Industrie, le Commerce, l’Energie et des Mines, le Tourisme, la Petite et Moyenne entreprise, de l’Environnement et du Tourisme.
Au Conseil de la Nation, où il présentait le projet de budget de 2022, Aïmene Benabderrahmane a fait savoir que près de 2 500 projets étaient en attente de l’aval du CNI, et que le gouvernement était déterminé à lever les blocages et à libérer les dossiers d’investissements des tiroirs du CNI. Ce dernier, faut-il le rappeler, ne s’est pas réuni depuis l’entame de l’année 2019, sous l’effet de la situation politique du pays en temps de Hirak, puis des conditions sanitaires induites par la pandémie de la Covid-19. Une justification de plus pour le conseil et un environnement économique à pratiquement zéro projet concrétisé durant toute cette période. Même comportement au niveau de l’ANDI, où le nombre de projets gelés ne se comptent plus, obligeant même le président de la République à sortir de ses gonds, samedi à l’ouverture de la Conférence nationale sur la relance industrielle. Abdelmadjid Tebboune n’a pas raté l’occasion de cet événement pour pointer du doigt la bureaucratie ambiante servant d’obstacles à l’acte d’investir, annonçant le dégel d’un nombre de projets, alors que d’autres vont suivre, a-t-il souligné, au grand bonheur des milliers qui attendent l’aval de l’ANDI pour passer à la phase production.
L’Agence nationale d’intermédiation et de régulation foncière (Aniref) n’est pas exempte, elle non plus, des critiques et remises en cause en provenance des opérateurs économiques, dans la mesure où l’accès au foncier constitue toujours un obstacle majeur pour l’investisseur. C’est pourquoi, d’ailleurs, l’annonce par le président de la République de la création d’une nouvelle agence dédiée au foncier industriel a été saluée par les intervenants dans la sphère industrielle. Saluée, parce qu’«elle aura davantage de prérogatives, plus de transparence et permettra aux industriels d’accéder plus facilement aux parcelles adéquates à leurs investissements», a expliqué Dr Ghrieb Sifi, en sa qualité de PDG de l’Université industrielle.
La transparence sera assurée par «un travail de recensement déjà engagé au niveau de l’ensemble des zones industrielles du pays, ce qui permettra d’orienter les investissements», a estimé le même responsable, hier, sur les ondes de la Radio nationale.