Bureau d’études ou contrepouvoir ? Où va le Cnese ? Ce sont les questions, déjà anciennes, que se posent de nombreux observateurs de la sphère socio-économique algérienne après le départ de son ancien président Réda Tir.

Par Khaled Remouche
Son remplaçant, Khelladi Sidi Mohamed Bouchenak aura fort à faire. Il est attendu sur la convocation rapide de la nouvelle composante du Cnese pour plancher sur le rapport de conjoncture et d’autres dossiers lourds déjà examinés par le Cnese, comme ceux relatifs à la politique de subventions, la hausse des prix, la politique des salaires… mais surtout sur la future trajectoire du conseil, à savoir une force critique à l’égard des politiques publiques ou simple bureau d’études.
Le changement-surprise à la tête du Conseil national économique et social et environnemental (Cnese) pose des interrogations sur les raisons d’une telle désignation. «Il était attendu que le président du Cnese, Redha Tir, soit changé. Il n’a pu réunir sa nouvelle composante en plénière en décembre comme annoncé, car il a consommé tout le budget de 2021 et ne pouvait le faire», confie une source sûre proche du conseil. C’est l’un des griefs retenus pour mettre fin aux fonctions du président du Cnese. Un ancien responsable du Cnese reproche au prédécesseur du nouveau premier responsable du conseil beaucoup d’effets d’annonce, de faire de cette institution, renforcée dans ses prérogatives par la nouvelle Constitution, un bureau d’études et non un contrepouvoir. Résultat des courses, point de rapport de conjoncture, une tradition depuis la naissance du Cnese du fait que sa composante ne se soit pas réunie depuis plusieurs années en plénière. Il a fallu, également, plusieurs années pour renouveler sa composante. «Je ne comprends pas cette ambition de faire du Cnese un bureau d’études. Il existe des bureaux d’études qui travaillent en Algérie et qui sont beaucoup plus riches en capital humain comme l’INSEG, KPMG ou Ernest Young. Son principal rôle devrait être un contrepouvoir. On n’a pas compris également que le rôle du conseil est de donner la voix à des catégories sociales comme la société civile, les syndicats, le patronat qui doivent donner leur avis avant le vote d’une loi comme, par exemple, la loi de finances, comme cela se fait en France.
Le rôle du conseil est également de dégager des consensus sur des questions sociales, économiques, environnementales qui préoccupent les citoyens», soutient un ancien membre du Cnese.
Redha Tir a tenté de doter le Cnese d’une administration forte par une ressource humaine qualifiée et le recrutement de nouveaux experts. Il a renouvelé la composante du Cnese, un cocktail de représentants de la société civile, de la jeunesse, de responsables d’institutions publiques, de structures publiques, du patronat public et privé, du secteur bancaire et des assurances, de corporations (agriculture, commerce, santé…). Les différentes régions du pays sont également représentées dans cette nouvelle composante. La particularité de ce Cnese est l’intégration des questions environnementales et de développement durable dans les travaux du conseil et, partant, l’inclusion dans cette composante de représentants de ce secteur d’activité.
La question est de savoir surtout si cette nouvelle composante est réellement représentative des forces vives de la nation. Bémol cependant, cet effort n’a pas été couronné par une première réunion plénière de toute cette nouvelle composante. L’autre reproche fait à Redha Tir est d’avoir complètement ignoré les chevilles ouvrières ou les anciens membres du Cnese qui ont contribué à faire de cette institution un véritable contrepouvoir à l’âge d’or de ce conseil, à l’époque de Salah Mentouri. Ces derniers auraient pu faire profiter le Cnese de leur expérience. Le nouveau président du Cnese, Khelladi Sidi Mohamed Bouchenak, aura ainsi fort à faire. Diplômé de l’Ecole de management de Koléa, ancien membre de la direction de l’ARPT, il aura pour mission de réunir rapidement cette nouvelle composante du Cnese en plénière et de plancher sur le rapport de conjoncture du premier ou du second semestre 2021 et d’autres dossiers lourds déjà examinés par le Cnese, comme ceux relatifs à la politique de subventions, la hausse des prix, la politique des salaires et les alternatives financières au financement budgétaire des investissements publics.
Mais le Cnese sera surtout attendu sur sa trajectoire en tant que contrepouvoir ou simple bureau d’études, sans influence sur l’évolution des politiques publiques ni sur les décisions qui concernent les préoccupations de la majorité de la population.