Le communiqué, publié hier par les services du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, selon lequel le ministre Chemseddine Chitour n’a pas critiqué le corps enseignant de son secteur mais relevé les raisons de ses difficultés actuelles, invalide, de facto, celui publié durant la même journée par le coordinateur national du Cnes.
Abdelhafid Milat, qui s’est fendu d’un avis de menace de grève et d’une action en justice, a ainsi été indirectement informé que M. Chitour n’a pas blâmé les enseignants ni chercher à toucher à leur réputation, mais qu’il s’est livré à une évaluation du secteur pour expliquer pourquoi sa performance, aujourd’hui, est loin du niveau recherché par manque de moyens, surcharge des amphis, déficit de formation continue, décalage des contenus par rapport aux standards actuels, etc. Outre ces rappels, le communiqué du ministère de l’Enseignement supérieur précise que le matériau à partir duquel le coordinateur national du Cnes a réagi est un contenu façonné par les réseaux sociaux, Facebook, pour ne pas le nommer, et, donc, tronqué. Amputée, l’intervention du ministre n’a pas été appréciée dans son exhaustivité par M. Milat.
La réaction de ce dernier peut sembler recevable, il est chef d’un syndicat soucieux des intérêts des enseignants du supérieur. Elle reste néanmoins suspecte pour deux raisons. La première est qu’il a tout de suite réagi par une annonce d’hostilité sans chercher des explications et des précisions auprès du ministre. Son empressement à saisir la justice et à brandir la menace de grève laisse sentir le coup politique – celui de gagner en audience et en popularité auprès des enseignants et d’asseoir son leadership au milieu d’une corporation qui se méfie par nature et par expérience des pouvoirs et de leurs jeux, mais ce coup a raté pour plusieurs raisons, là aussi.
Le Cnes, en effet, mérite aujourd’hui au moins un débat sur sa représentativité au sein du corps enseignant universitaire. Il gagnerait à mesurer aussi la distance qu’il y a entre ses revendications socioéconomiques (qui ne sont jamais à négliger) et ses préoccupations à défendre un enseignement et un encadrement de qualité. Les réclamations qu’il exprime depuis plusieurs années tournent essentiellement autour de la revalorisation des salaires, du statut de l’enseignement, du logement et du respect des franchises universitaires en cas de conflit. Les « réserves » qu’il a exprimées sur le système LMD – aujourd’hui mis en cause dans son efficacité par le ministre du secteur – n’ont souvent pas été au-delà des discussions internes aux sections régionales et des écrits qui les ont accompagnées. Sa demande d’un « débat » il y a une année sur le système est restée pratiquement sans écho ni mise à jour.
Quand l’ancien ministre du secteur, Tahar Hadjar, avait déclaré toute honte bue qu’un prix Nobel ne sert à rien et que le classement mondial des universités, celui de Shanghai notamment, ne veut rien dire, le Cnes n’avait pas réagi correctement à la bêtise de cet ex-ministre dont le bilan est proportionnel à l’équipe politique dont il faisait partie. Sur la gouvernance des universités, le Cnes a, enfin, été peu entendu également alors que les recteurs et autres chefs de centres universitaires continuent au mépris des critères de compétence et d’autorité scientifique d’être désignés par des décisions politiques et des arrêtés ministériels sans que les universitaires n’aient voix au chapitre.<