S’il fallait chercher un exemple concret de la tension sociale actuelle qui secoue l’Algérie, il suffit juste de voir ce qui se passe à l’Eniem (Entreprise nationale des industries de l’électroménager). Alors que le problème de l’usine de Tizi-Ouzou semblait être en voie de résolution, voilà que tout tombe à l’eau. L’Eniem va devoir suspendre ses activités à partir du 6 juin prochain. La raison invoquée par la direction (qui a précisé avoir pris la décision en accord avec le syndicat) est celle qui est à l’origine de toutes les difficultés de l’entreprise, en l’occurrence la rupture de stocks de matières premières. L’ancien ministre de l’Industrie, Ferhat Ait Ali (écarté lors du remaniement gouvernemental de février dernier), en avait fait son cheval de bataille, mais point de réussite sur ce dossier. Son successeur, presque trois mois après son installation, ne semble pas avoir trouvé de solutions. La projection est simple. Il n’est pas surprenant de voir, peut-être même avant le 6 juin, un mouvement de grève des salariés de l’Eniem. Une action qu’ils avaient déclenchée il y a quelques mois et qui avait fait couler beaucoup d’encre.
Le fait d’évoquer cet épisode dans cet espace, c’est essentiellement pour donner une idée sur l’étendue de la grogne sur le front social. Constater que l’Eniem replonge dans la crise, c’est un mauvais signe pour tous les autres «points noirs» de la contestation des salariés touchant différents secteurs. La carte sociale algérienne clignote au niveau de plusieurs endroits.
Le plus récent des mouvements de protestation est d’ailleurs annonciateur de remous dont les conséquences toucheront une grande partie des Algériens, puisque cela concerne l’Education. Hier, c’était le premier jour de la grève déclenchée par l’intersyndicale des employés du secteur, et la tension, en cette fin du mois de ramadan, reste ainsi au paroxysme.
Aux deux situations citées plus haut (Eniem, Education), il faut également ajouter la grogne du personnel du secteur de la santé, de la SNVI, ou encore ceux de Numilog. La trêve imposée par la Covid-19 n’aura tenu qu’un peu plus d’une année. Les crises sanitaire et économique ne semblent plus être des «remparts» devant les revendications des travailleurs. Chaud devant.