La Coordination nationale pour les libertés et la transition démocratique (CLTD), qui réunit les partis et personnalités ayant boycotté les élections présidentielles de 2014, à savoir le RCD, le FJD, Nahda, le MSP et la personnalité de Benbitour, après la démission de Jil Jadid, est sortie de son silence de cathédrale, poussée par la nouvelle orientation « participationniste » adoptée par ses membres en vue des législatives du printemps prochain. Le discours d’opposition radicale, voire de l’affrontement, avec le pouvoir semble laisser la place à une nouvelle tendance qui fait désormais consensus en son sein. La trêve, conjoncturelle ou durable, avec le pouvoir.

En effet, après plusieurs mois d’absence, les partis de la CLTD se sont réunis mercredi dernier au grand complet, en l’absence d’un seul membre, démissionnaire, en la personne de Sofiane Djilali, président de Jil Jadid qui a opté pour le boycott des élections prochaines, cassant ainsi l’unanimisme régnant depuis quelques mois au sein de la CLTD. La réunion, comme de tradition, a été sanctionnée par un communiqué qui tranche radicalement avec les positions de cette coalition hétéroclite de l’opposition. 

Le texte en question constitue une indication de taille sur l’esprit dans lequel baignent ses rédacteurs. Les éléments de langage changent d’une manière radicale en essayant de l’adapter à la nouvelle donne participationniste des acteurs de la CLTD. Malgré cette tendance à la participation, alors que leurs positions précédentes étaient centrées essentiellement sur la contestation de la transparence des élections en s’opposant farouchement à un dispositif électoral favorisant la fraude selon eux, ce n’est pas tant le fait de prendre part aux élections qui pose fondamentalement problème, mais les positions truffés de contradictions et d’incohérence politique.
Puisque au moment où ils appellent dans le communiqué à une participation populaire massive afin de choisir les représentants dans les assemblées élues, ils ne reconnaissent toujours pas le mécanisme électoral en application. D’ailleurs, cet appel ne peut trouver preneur, alors que la même coalition a par le passé expliqué et pris des positions rejetant toutes les décisions venant de ses adversaires politiques, notamment la nouvelle commission de surveillance des élections. Cette dernière, instaurée comme mécanisme de surveillance des élections, rappelons-le, a été rejetée en bloc par toute l’opposition, cette même opposition qui a décidé de jouer le jeu électoral dans des conditions qu’elle conteste de fond en comble.
L’appel au vote populaire de la part d’une opposition qui a adopté depuis plus de trois ans un discours presque « révolutionnaire », s’engouffrant dans une sorte de « romantisme oppositionnel », témoigne d’un changement de stratégie, passant de l’affrontement à la compétition. Sauf que même ce nouveau discours semble loin de la réalité et des préoccupations réelles de la population.
En attendant que les programmes électoraux et les stratégies de campagne de ces partis soient connus, il y a lieu de signaler que jusqu’à maintenant, il y a peu de visibilité sur la manière d’arriver à cette mobilisation populaire qui a cruellement manqué à cette opposition pour faire aboutir son projet de transition démocratique.