Par Khaled Remouche
Le secteur bancaire maghrébin reste résilient et réactif en dépit des répercussions de la crise sanitaire et du conflit en Ukraine, souligne le dernier rapport de l’Union des banques maghrébines (UMB), présenté hier lors de cette rencontre de haut niveau.
La seconde journée du Sommet bancaire maghrébin, organisé par l’Union des banques maghrébines (UBM) et l’Association des banques et établissements financiers (Abef) à Alger, a été marquée par la présentation du rapport de l’UBM intitulé «les grandes mutations stratégiques» inhérentes au secteur bancaire maghrébin, édité en 2021.
Ce document très utile pour les banques de la sous-région a cet avantage d’exposer une vision prospective pour accompagner les banques maghrébines dans leurs visions et stratégies futures. L’ouvrage inclut une approche rétrospective, la collecte des données sur la politique monétaire et budgétaire de chaque pays maghrébin et la situation des banques maghrébines. Le rapport s’oriente, pour le présentateur du document Dhaifer Saidane, Professeur à Skema Business School -qui a dirigé le rapport- selon la devise «Nous avons plus besoin de banquiers que de banques». En un sens, le banquier est soumis à la contrainte de rentabilité et de croissance durable.
Après la crise Covid-19, les banques maghrébines font face, rapporte-t-il, à un environnement de plus en plus aléatoire et à de multiples défis. L’objectif du rapport est de présenter une analyse des fondamentaux des pays maghrébins, des tendances économiques et
sociales, un examen des politiques budgétaires et des grands équilibres macro-économiques, l’évaluation du potentiel économique de la sous-région. Le rapport 2021 développe également un indicateur de performance durable pour les banques maghrébines.
Le monde est confronté, a-t-il ajouté, à des soubresauts géopolitiques. Face à cette donne, ajoute le rapport, la question est de savoir quel modèle économique durable pour les pays maghrébins pour faire face à ces différents soubresauts ? Il devient donc impératif de changer de modèle de banque, est-il préconisé. Malgré l’éloignement de la sous-région des zones de conflits, les pays du Maghreb sont directement touchés par la situation géopolitique dans le monde et ont développé une forte dépendance aux importations en provenance de Russie et d’Ukraine. Les économies de la Tunisie et du Maroc ont été affectées par la crise en Ukraine, alors que l’Algérie, elle, a augmenté ses réserves de change, note-t-on. Néanmoins, affirme l’Union des banques maghrébines, le secteur bancaire maghrébin reste cependant résilient et réactif.
Et pour cause, les politiques monétaires et budgétaires sont restées très vigilantes face à ces crises. En matière de prospective et de l’avenir des banques maghrébines, l’Union des banques maghrébines a insisté sur l’importance de plus en plus de la responsabilité sociétale et environnementale dans la gestion future des banques maghrébines. Depuis le début des années 2000, a-t-elle ajouté, une nouvelle perception de la RSE, responsabilité sociétale et environnementale, a commencé à s’imposer au sein des pays de l’UMA. Un concept qui s’est développé et on assiste à une augmentation sensible de la perception RSE dans les années 2000, est-il indiqué dans le rapport. D’ailleurs, les bailleurs de fonds et les multinationales exercent une influence pour que la politique RSE soit appliquée dans les entreprises des pays tiers. Les institutionnels exercent, elles aussi, des pressions pour que les banques intègrent la RSE dans leur gestion. Ainsi, le RSE et l’ESG, l’environnement, le sociétal et la gouvernance deviennent une composante incontournable de la gestion durable, une condition de performance et de développement durable.
En guise d’exemple, le rapport cite quelques cas. En Tunisie, la loi de 2018 introduit le reporting en matière d’ESG pour les entreprises cotées en Bourse. L’Algérie a lancé, elle, des initiatives en matière de RSE et d’ESG. La RSE et l’ESG marquent, selon le rapport, une transition pour les banques maghrébines et vont devenir des fondamentaux de gestion pour les banques maghrébines.
Il y a une pression internationale forte pour ce changement et il faut l’anticiper, suggère le document. Pour le E d’environnement, le Maghreb et l’Afrique sont à l’aise, observe l’orateur. L’Afrique est responsable de seulement 4% des émissions de CO2. Elle ne pollue pas, moins d’une tonne de CO2, contre 15 tonnes pour l’Europe. Quant à l’indicateur de performance durable, il vise à identifier les pratiques RSE au sein de la banque maghrébine. Il s’agit de mesurer la performance RSE sur la base de données ESG et de la satisfaction des parties prenantes sur la politique RSE au sein de la banque, actionnaires, managers, clients, employés, société civile, régulateur -dans le cas Algérie, Banque d’Algérie, Abef. n