Le 5e sommet UA-UE (Union Africaine-Union Européenne) s’est clôturé jeudi dernier à Abidjan en Côte d’Ivoire sur la nécessité pour les deux partenaires d’instaurer une nouvelle approche économique entre les deux continents dans l’objectif évident d’établir un partenariat « économique durable, équilibré et équitable ».

Les dirigeants des deux « Unions » ont convenu d’axer leurs efforts conjoints sur plusieurs priorités que sont : la paix et la sécurité, l’investissement, les questions de migration et de mobilité et enfin l’éducation et la formation. Ils se sont promis de renforcer les mécanismes de coopération et de partenariat déjà en vigueur et d’encourager les tendances émergentes comme celles qui consistent, pour les Etats africains, à multiplier les échanges économiques et commerciaux intracontinentaux et d’équilibrer la relation avec les pays de l’UE dans ce domaine par le soutien des politiques d’intégration économique et industrielle.
Ainsi que par la promotion des investissements privés et le soutien à la création d’une zone de libre-échange africaine.
Sur l’économie, toujours, il s’agit de mobiliser les ressources financières et techniques nécessaires des deux côtés pour soutenir les projets prioritaires communs en utilisant des instruments et mécanismes intégrés dans le contexte de la « relation » unique entre l’Afrique et l’Europe, selon la déclaration finale du sommet. Ce document évoque aussi la création des « conditions propices» aux affaires et aux investissements européens dans le continent, notamment à travers le plan européen d’investissements extérieurs. Les investissements prévus en Afrique concernent notamment les secteurs de l’agriculture, de l’agro-industrie, de l’industrie, des énergies renouvelables ainsi que du numérique. De belles promesses qu’il s’agit de concrétiser alors que l’Afrique est déjà éligible à des investissements importants non européens et provenant de la Chine, un acteur international de premier plan et dont les ambitions en Afrique sont connues de tous.
Pour le président de l’UA, le président guinéen, Alpha Condé, la coopération entre l’Afrique et l’Europe ne devrait plus reposer sur les aides et les contributions, mais plutôt sur les investissements et des partenariats gagnant-gagnant permettant à chacune des deux parties de tirer profit des points forts de l’autre et d’être complémentaires. De son côté, le président de la commission européenne, Jean-Claude Juncker, a rappelé que l’Europe avait décidé de consacrer un plan d’investissements de plus de 44 milliards d’euros en Afrique d’ici 2020.
Il a souligné également qu’entre l’Afrique et l’Europe, les relations économiques doivent s’établir sur la base d’un partenariat d’égal à égal, profitables aux deux parties à travers des investissements majeurs pour développer le continent africain et servir l’intérêt de l’Europe. Le président de la Commission de l’UA, Moussa Faki, a insisté de son côté sur le partenariat équitable qui doit régir les relations économiques entre l’Afrique et l’Europe. En ce qui concerne les actions en faveur de la paix et la sécurité, les deux « Unions » se sont entendues sur une meilleure coopération pour la lutte contre le terrorisme et la recherche d’une voie politique durable en Libye ainsi que la prise en charge de la terrible question de l’esclavage pratiqué par des despérados dans une Libye qui peine à retrouver sa stabilité. A ce niveau, une phrase n’est pas passée inaperçue : « Nous soutiendrons les efforts en cours pour combattre le terrorisme, y compris le soutien du G5 Sahel», lit-on dans la déclaration finale du sommet d’Abidjan.
Ce cadre de coopération aux contours encore flous en raison d’un manque de financements adéquats et qui suscite des inquiétudes chez des pays comme l’Algérie qui craint qu’un déploiement militaire stratégique d’une puissance étrangère dans la bande sahélo-saharienne – celui de la France en l’occurrence, pays qui soutient le G5 Sahel avec une coordination opérationnelle en relation avec son opération Barkhane – ne génère de nouvelles crispations et de nouveaux désordres dans une zone aux réalités très complexes et où la présence d’acteurs internationaux n’est souvent pas perçue comme un facteur de stabilisation, bien au contraire. Mais il n’y a que pas que le domaine de la coopération sécuritaire qui pose problème. La coopération, dont les montants importants annoncés par les pays des vingt-huit vont en grande partie au financement des opérations de fonctionnement et des ONG déployées sur le terrain, suscite également des interrogations.
A ce titre et à d’autres, le président de l’UA, Alpha Condé, dont le pays assure la présidence actuelle de l’Union africaine (UA), a assuré que l’Afrique est décidée à « prendre son destin en main ». Il a affirmé que lors de discussions « franches » avec les Européens, il a été convenu d’ouvrir une « nouvelle page de partenariat » entre les deux continents, avec l’intensification des efforts et des investissements « d’égal à égal ».