Dans le bilan dressé, avant-hier, par le commissaire du Salon international du livre d’Alger (Sila 2018), Hamidou Messaoudi, a nié toute censure en ce qui concerne les éditions Koukou, et a expliqué la censure de la maison d’édition iranienne ou encore d’un livre libanais portant sur la sorcellerie. Il est également revenu sur quelques polémiques qui ont secoué l’édition 2018 du plus grand rendez-vous livresque en Algérie.

Hamidou Messaoudi, le commissaire de la  23e édition du SILA, qui s’est déroulée du 31 octobre au 10 novembre derniers, est revenu  sur  pré-bilan de l’édition 2018 lors de la conférence qu’il a animée avant-hier à l’occasion de la clôture de la manifestation. Dans ce contexte, il est revenu sur la déclaration aux médias du directeur de la maison d’édition Koukou, Arezki Aït Larbi, qui a récemment affirmé une tentative de censure au niveau de son stand de deux livres, «Democtatoria» de Mokrane Aït Larbi, et «Les derniers jours de Muhammad», de Hela Ouardi. Le commissaire du SILA déclare à ce sujet : «Nous  n’avons jamais censuré cet éditeur. Le délai final de la remise de la liste des ouvrages qui devaient être exposés est fixé au 31 juillet. La commission de lecture a trouvé des ouvrages qui n’étaient pas dans la liste envoyée par l’éditeur.» Expliquant que «malgré cela, ces livres n’ont pas été retirés ni censurés. La commission n’a fait que prévenir (oralement) l’éditeur», tout en insistant sur le fait qu’« aucun livre édité en Algérie par un éditeur algérien n’a été retiré du Salon». Dans le même sillage, le commissaire a expliqué que la censure de la maison d’édition iranienne «Dar Al Beyt» s’est faite pour « des raisons objectives», en  précisant que «l’éditeur n’a pas payé les charges de son stand. Il a également chargé un commerçant algérien de présenter son stand, alors que ce commerçant n’a aucun lien avec le livre ou l’édition ». Ajoutant que «la commission de lecture lui a, aussi, remis une liste de cinq ouvrages indésirables au Salon. Mais ces cinq livres ont tout de même été exposés dans ce stand. Et je tiens à souligner que cette décision n’affecte en aucun cas les bonnes relations entre nos deux pays». Par ailleurs, M. Messaoudi a également avoué la censure de huit autres livres portant sur la sorcellerie et la magie noire. «Ces derniers ont été retirés du Salon par les douanes», a-t-il fait savoir. Précisant « la réserve » sur un livre de Mohamed Shahrour, penseur syrien, exposé par un éditeur libanais. «La commission a eu des doutes sur ce denier, mais le ministre de la Culture est intervenu pour que le livre soit réexposé», a-t-il affirmé. Le commissaire a ensuite rappelé que cette année, 55 titres ont été retirés du SILA. Un  chiffre moins important par rapport au SILA 2017 où la commission avait interdit 130 titres.


 La Safex, un lieu inapproprié pour le SILA

Selon le commissaire, la Safex des Pins-Maritimes est devenu inappropriée pour l‘organisation du Salon. On ne peut plus accueillir ce genre de manifestation. «Cette année, nous avons eu quelques pluies, il y a eu quelques infiltrations d’eau dans pas mal de stands. C’est grave, nous avons honte de ce qui s’est produit, surtout  vis-à-vis de la Chine, qui est notre pays invité d’honneur, cette année», a-t-il confié. D’autre part, M. Messaoudi a qualifié la participation chinoise d’exceptionnelle au vu la qualité de ses invités et de sa littérature. «Nous avons eu une délégation  de 160 personnalités dont cinq grands écrivains, à leur tête Mo Yan, le prix Nobel de la littérature, qui a été décoré par le président de la République au même titre que le grand cinéaste Costa Gavras, et c’est une première pour le Salon. Il y avait aussi quelque 3 200 titres chinois traduits en arabe, en français et en anglais».


Statistiques et logistiques en débat   

Cette année, le Sila a mis en place une entreprise privée pour avoir une idée des statistiques finales du nombre de visiteurs. «Nous allons nous réunir dans une quinzaine  de jours pour communiquer les derniers résultats», annonce le commissaire du Sila. En ce qui concerne les éditeurs qui se plaignent de leur emplacement, le commissaire a fait savoir que «nous avons toujours pris en charge les besoins de nos invités. Mais, si ces derniers se sont inscrits à la dernière minute, nous ne pouvons plus rien faire ». A  propos d’une autre polémique, cette année, sur la nourriture, le premier responsable de la manifestation dédiée au livres réplique :    «Je ne sais pas pourquoi, les gens font plus de 800 ou 900 km pour visiter l’événement et polémiquent sur la nourriture. Nous avons aussi des exposants qui viennent de loin, nous leur avons facilité les choses en mettant à leur disposition des conditions et des espaces où ils peuvent manger», a-t-il dit. Il abordera, lors de cette conférence de clôture, la problématique du prix des ouvrages proposés, en estimant qu’ «en ce qui concerne la question récurrente  durant l’édition sur la cherté du livre, on n’est pas concerné en tant qu’organisateur. J’ajouterai qu’en tant qu’éditeur de l’Enag, je préfère vendre 1 000 exemplaires avec une petite marge de bénéfice que 100 livres avec une grosse marge». Il ajoutera que «plusieurs paramètres entrent dans le prix du livre, comme la dévalorisation du dinar par rapport aux autres monnaies. J’ai, en outre, remarqué que les prix des livres à ce salon étaient raisonnables. Certes, les ouvrages scientifiques, techniques, de médecine et les livres universitaires ont été plus chers que les autres, mais moins chers que dans une librairie», a-t-il souligné. Sur la coïncidence du Sila, avec d’autres salons internationaux du livre, tels que le Salon de Shardjah aux Emirats arabes unis, Hamidou Messaoudi a répondu : «Nous, nous ne changerons pas de date, au mieux, nous pouvons l’avancer de quelques jours peut-être. Le Sila doit être toujours organisé à ces dates et cela, à l’approche de la fête du 1er Novembre et durant les vacances scolaires d’automne. J’ai rencontré le commissaire du Salon de Shardjah, je lui ai proposé de nous réunir pour trouver un compromis qui arrangera les deux côtés».

Deux millions deux cents mille visiteurs
Pour rappel, Hamidou Messaoudi a déclaré, lors de cette conférence de clôture du Sila : «Nous avons dépassé la barre de deux millions deux cents mille visiteurs au décompte de la journée de  la veille de  la clôture. Mais, cette après-midi, avec la présence de Cheb Yazid, nous allons atteindre certainement les deux millions trois cent mille visiteurs. C’est un chiffre record par rapport aux éditons précédentes.» Précisant à la même occasion que «le nombre de maisons d’édition, comme je l’ai annoncé à l’ouverture, était de 1 018 éditeurs, malheureusement, un éditeur algérien s’est retiré car l’espace qu’il lui a été réservé ne lui a pas plu, je respecte sa décision. Nous avons eu aussi un souci avec un éditeur iranien, que nous avons censuré pour des raisons objectives. Donc le nombre des participants est revenu à 1 016 maisons d’édition qui repartent satisfaites de cette belle aventure». Pour les éditions prochaines, le commissaire a confié : «Nous allons dépasser cette mentalité de nombre de visiteurs. Nous allons passer à la qualité des maisons d’édition spécialisées et éviter les déjà vues, les publications anciennes et nous allons plus nous baser sur les nouveautés, spécialement en ce qui concerne  le livre pour enfants, le livre scientifique et universitaire dont l’Algérien a besoin». L’Algérie sera l’invitée d’honneur de la Foire internationale de la Havane en 2019,  a également annoncé le commissaire du Sila, en soulignant «  une délégation cubaine qui a participé avec nous au Sila avec pas mal de titres est venue  en tant qu’éclaireur, pour que l’Algérie soit leur invitée d’honneur de leur prochaine édition ».
Hamidou Messaoudi a également  annoncé que «sous toutes réserves, la Jordanie sera l’invitée d’honneur de la 24e édition qui se déroulera à la fin du mois d’octobre 2019 », ajoutant que « nous voulons donner une chance à tous les pays. Peut-être dans les éditions à venir en 2020 ou 2021 nous accueillerons Cuba». Toutefois, il précise que la date de la prochaine édition du Sila n’est pas encore fixée. «Nous allons prochainement fixer une date avec le ministère de la Culture», a-t-il précisé.n